Eris, déesse de la discorde, mère de nombreuses entités maléfiques, dont Tweeter et certains partis politiques...

En 1978, Renaud chantait dans Hexagone : «  La France est un pays de flics, à tous les coins de rue y’en a 100, pour faire régner l’ordre public, ils assassinent impunément ». Nous sommes en 2020, et le monde n’a pas réellement changé. Pire, avec un peu de mathématiques Shadoks et de la politique à la Iznogoud, on est en train de glisser vers un Etat toujours plus policier et autoritaire. Et accessoirement, une société à deux vitesses.

Prenons l’exemple du maintien de l’ordre. Comment en arrive-t-on à ce que des personnes qui manifestent soit blessées ou tuées, ou pire, que des personnes soient tuées chez elles par les forces du maintien de l’ordre, comme à Marseille ? Les tenants de « l’ordre et la sécurité » rétorqueront que ce sont des accidents, et que de toute façon, les manifestants n’avaient pas à être violents etc. Peut-être. Mais concernant le décès dramatique de Zineb Redouane, toute tentative de justification de la grenade qu’on a lancée à son domicile me paraît indécente, même s’il est plus important de comprendre comment on en est arrivé à ce point d’absurdité. Evidemment, comme personne n’a rien vu ni rien entendu, il ne sera pas possible de prendre une sanction, ce qui dédouane l’autorité du maintien de l’ordre de sa responsabilité. Et c’est là le grand mal qui nous frappe : la négation de la responsabilité, et la fin de l’éthique associée. Les individus au pouvoir ont pris le commandement, et ont neutralisé tout ce qui peut engager leur responsabilité. Ainsi, on en vient à voter la très récente et très controversée loi sur le maintien de l’ordre, qui sanctionne la diffusion d’images de violences policières. Pour protéger les policiers, avance-t-on. Mais, comme tout citoyen contribuable fiché et surveillé, si le policier n’a rien à ne se reprocher, alors pourquoi craindre d’avoir à répondre de son action ? D’autant plus que dans un Etat démocratique, il ne peut pas y avoir de violences policières, nous disent les chefs d’État. Bon, en France, plutôt que de chercher à comprendre le problème, on supprime les indicateurs de problème. Tout comme pour la pauvreté. Plus d’indicateurs, plus de problème. Tout comme Iznogoud et les Shadoks. « Circulez, y’a rien à voir ».

Simplement, ce n’est pas parce qu’un problème n’apparaît plus dans une note de synthèse d’énarque que le problème n’existe pas. Les violences policières existent, on ne peut le nier. Et elles n’ont pas lieu d’être dans la 6e puissance mondiale (vous savez, la nôtre, celle dans laquelle on doit enjamber les personnes dormant dans les rues des grandes métropoles pour circuler). Vouloir les cacher est une erreur grave, un véritable déni de démocratie. Je me dois de rappeler l’article 15 de la Déclaration des Droits de l’Homme, le texte de 1789, éminemment maçonnique : « La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ». Cet article suit l’article 12 : « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ». Et c’est là le nexus de toutes les crises : le maintien de l’ordre s’est dévoyé, pour devenir la milice du pouvoir en place, au détriment de la sécurité publique. Les journaux regorgent d’histoires sordides de contrôles arbitraires qui tournent mal, d’histoires de citoyens harcelés par des policiers malveillants confondant autorité et domination, sans compter les trop nombreuses bavures inacceptables. Et les instruments de contrôle et de surveillance vont dans le sens de la protection de l’institution au détriment de l’éthique de responsabilité qui devrait animer ces fonctionnaires.

Le problème actuel, c’est qu’il n’y a plus de réponse politique possible. Le parti majoritaire s’est monté autour d’un individu sans autre projet que lui-même, sans autre vision que le mirage de la start-up et qui a déclaré la guerre à son propre peuple. Les polices disposent de blancs-seings pour faire régner leur ordre, appuyées par un ministre ayant déclaré que « les policiers faisaient la loi » et ne rendent plus de compte à qui que ce soit. Seule reste la réponse judiciaire, en l’absence d’une réelle réponse politique…

Quand on en vient à craindre la police alors qu’on n’a rien à ne se reprocher, quand des élus ou des fonctionnaires font bien comprendre qu’il y en a qui sont plus égaux que d’autres, quand des malfrats jouissent d’une certaine impunité et que des dames âgées sont tuées chez elles par une bavure des forces de l’ordre, on a un gros problème. On crée chez les citoyens un très puissant ressentiment, qui va alimenter la haine de l’autre et de la société en général. Ce ressentiment et ce sentiment d’injustice sont le vrai terreau du populisme, exploité par les démagogues et théocrates de tout poil, qu’on qualifie (peut-être improprement) de séparatistesi. Au fond, quand des hommes politiques se permettent de mépriser leur peuple, en le qualifiant de « gens qui ne sont rien », ou en masquant la déviance de la police, quand ces mêmes homme politiques cherchent à manipuler grossièrement les vrais mouvement de la jeunesse ou imposent des lois toujours plus liberticides, quand les membres de cette clique de malfrats imposent une peine collective d’emprisonnement prétendument pour notre bien au mépris de tout l’appareil démocratique, quand cette démocratie est balayée d’un revers de la main par cette oligarchie incompétente qui n’a plus que l’autorité comme réponse politique, est-ce que ce n’est pas là le vrai séparatisme qu’il faut combattre ?

C’est pourquoi il faut lutter contre cette société autoritaire et ségrégationniste qui se profile et que nous créons tous. Lutter contre les lois iniques mais aussi exiger plus de responsabilité de ces dirigeants : responsabilité devant la justice, mais aussi responsabilité politique.

On ne peut se revendiquer d’un idéal de fraternité quand on laisse se créer une telle société. Les bavures policières couvertes par les administrations, le racisme ordinaire des institutions, les dirigeants qui se moquent des « gens qui ne sont rien » ou parlent de « contacts inutiles » sont autant de signaux qui doivent nous alerter. Les soubresauts de contestation violente sont autant de signaux faibles du désespoir d’un peuple à qui on a menti, dont on a bafoué les droits et les espérances.

Ceux qui nous séparent redoutent d’avoir à rendre compte de leur action et font tout pour cacher leurs fautes, en se cachant derrière la seule réponse qui leur reste : l’ordre par la force. La domination brutale plutôt que l’autorité. Des passions tristes sont en train d’alimenter un feu très sombre, d’un côté comme de l’autre. Le monde devient de plus en plus manichéen, binaire. On est soit d’un côté, soit de l’autre, séparés par la bêtise irresponsable de nos dirigeants.

Ce qui doit nous unir, c’est bien de parvenir à nous comprendre, à nous parler sans nous insulter ni nous taper dessus. Peut-être que les Loges ont un rôle à jouer, en montrant que vivre ensemble et de manière responsable est possible ? Bon, pour ce faire, peut-être devrait-on plus travailler sur le recrutement (très difficile en ce moment, il est vrai) et veiller à transmettre nos valeurs à un autre qui ne nous ressemble pas… En fait, peut-être que nos Loges devraient ressembler à la société dont nous rêvons : diversifiée, universaliste, apaisée et dirigée de manière responsable.

Démarche difficile en apparence, mais au fond, ne rêvons-nous pas d’établir la concorde universelle ?

Bon, il y a encore du boulot. A l’heure à laquelle j’écris ces lignes, un événement très grave vient de se produire. Les forces de l’ordre ont démantelé par la force un camp de migrants sur la Place de la République à Paris dans la nuit du 22 au 23 novembre. Si on s’habitue au désespoir des images des policiers et gendarmes humiliant, brutalisant et tabassant les journalistes, les avocats et les migrants (que nos institutions ignorent volontairement et qui ne survivent que grâce à la bienveillance des associations), il y a un fait nouveau : les violences policières sur des élus de la République. Ce qui en dit long sur l’état d’esprit de l’État et de sa police… J’ai honte de ce que nous laissons faire. Et profitez bien des images, car bientôt, nous n’en aurons plus en France.

J’ai dit.

iPetite note : le séparatisme consiste pour un sous-groupe, à se séparer du reste du groupe.

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