Je suis le premier à dire que les actions symboliques comptent. Mais qu’il faut aussi les utiliser à bon escient. Parmi les gestes symboliques, on trouve l’adoption de l’écriture inclusive, cet artifice linguistique destiné à rendre visibles les minorités. D’après ce que j’ai compris, l’esprit est de faire coexister les genres grammaticaux masculin et féminin. Ainsi, le terme cheval devrait s’écrire c.j.h.e.u.v.m.a.e.l.nt . Ben oui, le féminin du cheval est la jument. De même, pour un étalon et une pouliche, on a dans ce système : é.p.t.o.a.u.l.l.o.i.n.che. Plus sérieusement, on a des objets de type : chef.fe, ou prêtre.ssei. De manière générale, quand je lis des notes de services ou des documents administratifs, j’avoue avoir du mal à savoir comment les lire à voix haute. À ce propos, l’Académie Française, institution hautement féministe a émis un avis sur cet artifice, disponible ici. Elle s’inquiète des variations de la langue française et d’une complexification sans but réellement défini. Il est vrai qu’écrire F.S.r.o.è.u.r.re est plus complexe que Frère, Sœur.

Parmi les arguments pro écriture inclusive, on trouve les arguments féministes : rendre visible les femmes et renverser la règle du « masculin qui l’emporte sur le féminin ». Au point que des militant.e.s enseignent des règles de grammaire erronées. Pauvre langue de Molière. Bon, un philologue (avis aux experts, qui pourraient m’éclairer) expliquera mieux que moi qu’il pourrait s’agir en fait de neutralisation et que le neutre (hérité du latin) a le bon goût d’inclure tout le monde. Les héritages et mutations du latin vers la langue française auraient fusionné la forme du masculin et celle du neutre. De facto, le genre neutre continue d’exister, mais s’écrit comme le masculin. Simplement, la détermination du genre nécessite un travail d’analyse du mot, qui est un exercice classique de grammaire, mais qu’on ne fait plus. Incompétence ? Paresse ? Je ne sais pas. En tout cas, il est dommage que plus personne ne sache faire ce travail d’analyse. Le sens des mots, c’est important pourtant. Il me semble que ça s’apparente à l’apprentissage de la lecture, non ? Ni lire, ni écrire, que voilà des mots qui semblent bien familiers. À ce propos, un illustre blogueur que je cite souvent, s’est exprimé sur la question (l’Odieux Connard, pour ne pas le nommer, à cette page-).

En attendant, j’ai le sentiment que l’adoption de cet artifice linguistique est un crachat aux valeurs du féminisme. Car pendant que nos technocrates (masculins ceux-là, pas neutres) se glosent de la faveur faite aux femmes de les rendre linguistiquement visibles, les discriminations continuent : différences salariales fortes, comportements abusifs, discriminations diverses sans oublier les violences. Et là, je ne parle que des milieux professionnels. Car dans la rue, c’est une autre histoire, plus sale encore. C’est le fameux harcèlement de rue : des bandes de mecs qui vont agresser une femme seule (parfois deux). Ah, l’attaque en groupe d’une proie solitaire, que voilà un comportement que je qualifierai volontiers de simiesque. Sauf que nous vivons en civilisation. Or, le travail de civilisation, dixit Freud commence avec le recul de l’animalité. Il semblerait qu’on connaisse une légère régression à ce proposii, et qu’il y ait tout un pan d’éducation à revoir. Surtout celle des hommes. Et qu’on ne vienne pas me dire que les agressions des femmes sont du fait des femmes à cause de leurs tenues, bandes de tartuffes ! En fin de compte, je me demande si dans notre société ultra-consumériste, on n’a pas tendance à encourager l’expression des pulsions et la régression au stade oral de l’intelligence… En fait, le modèle consumériste ne peut fonctionner que si le renoncement pulsionnel est détraqué (avec des mécanismes d’imitation, le « désir du même » décrit par René Girard). Toujours est-il qu’à force de nous comporter comme des bébés (je me manifeste, je manifeste mon désir pour un objet et en retour j’obtiens ce que je veux sinon c’est grosse colère), on a créé une génération de « bipèdes sans poils » pour reprendre les mots de Platon, voire de barbares, pour qui le « non » n’existe pas, et qui vont punir la gourgandine en la tabassantiii… Double peine, les forces de l’ordre auront tendance à blâmer la victime (provocation par le vêtement…). De manière générale, les violences faites aux femmes existent toujours. Et ce n’est pas la pseudo mise en valeur du féminin par des artifices linguistiques qui va remédier au manque d’altérité, de réflexivité ou d’empathie qui va changer quoi que ce soit.

Certains me demanderont si nous autres Francs-maçons valons mieux que le lascar de la cité vis-à-vis des femmes. J’aimerais dire oui, mais les propos de certains (heureusement rares) m’incitent à nuancer mon oui. Déjà, la querelle entre « Réguliers » et « libéraux » ne va pas dans le sens de l’égalité des genres ou des sexes. Ainsi, les « Réguliers » ne reçoivent pas de Sœurs et ont interdiction de travailler avec elles (et avec les libéraux aussi, soit dit en passant). J’en entends aussi qui clament (à l’abri du jugement des épouses) que la Franc-maçonnerie féminine n’existe pas. Ou d’autres qui ne conçoivent les loges féminines ou mixtes que comme un terrain de chasse sexuel. Certes, les comportements que je fustige sont fort heureusement minoritaires. Néanmoins, ils témoignent que malgré nos bonnes intentions d’amélioration de l’homme et de la société, nous avons encore de longs et pénibles efforts à fournir. Un véritable travail de civilisation, de renoncement pulsionnel qui nous permettra de nous élever et d’arrêter de considérer que la femme n’est qu’un objet. Un travail bien plus ardu que ces artifices d’écriture inclusive et autres hochets pour montrer qu’on fait quelque chose pour le bien des femmes.

Au fond, je me demande si ces violences, quel que puisse en être le degré d’expression ne sont pas la manifestation d’une peur pour la phallocratie institutionnalisée, comme l’avait si bien exprimé Simone de Beauvoir : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité ».

Messieurs et Très Chers Frères, pour le bien de tou.s.tes, remettons-nous à l’ordre, et cessons de nous comporter comme ce que nous devons combattre. Acceptons de ne pas être des virils stupides, et le monde ne s’en portera que mieux.

J’ai dit.

i Exemple purement théorique, les grandes religions enregistrées étant très phallocrates…

ii Et ne venez pas m’asséner les travaux de Steven Pinker, la part d’ange en nous. Certes, du point de vue des statistiques, l’époque est moins violente que d’autres mais je ne suis pas sûr que les femmes qui se font agresser au quotidien dans la rue parce qu’elles sont femmes ne partagent la thèse de Steven Pinker.

iii On pourra lire la BD intitulée Hé Mademoiselle, de la dessinatrice et scénariste Yatuu (et en lire des extraits sur son site yatuu.fr), basée sur des expériences et des témoignages.

1 commentaire

  1. C’est bien le genre d’article qui montre que l’on n’a pas compris grand chose à l’écriture inclusive que ce soit la forme typographique du point médian ou sous toutes ses formes. L’écriture incluse EST la féminisation des noms et l’usage du féminin lorsque cela est possible. C’est une réflexion plus profonde que ce qui est présenté. Lire mon article sur le blog “la Maçonne” qui explique tout cela en détail.

    J’ai bien compris que ce n’était pas un projet maçonnique et qu’il ne faudra pas compter sur les soeurs et les frères pour réfléchir à l’émancipation des femmes, à l’égalité femme/homme, à leur place dans la société comme aux stéréotypes de genre – qui passent aussi par l’expression, la parole, la symbolique des mots – mais cela n’en est pas moins un projet de société.

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