Oui, mon Frère, c’est délirant ce que j’avance : un homme est un homme et la Franc-maçonnerie a été faite par des hommes pour des hommes. Tu précises : « À l’intérieur de moi, je ne sens aucune femme, aucune féminité. ». Refrain fréquent dans les années 70 quand la moitié des Maçons considéraient que l’homosexualité était une maladie : il fallait la guérir et il n’était pas question d’admettre un gay dans une loge. Parole d’ancien expérimenté ! Aujourd’hui, des Frères ajoutent, sous le voile de la tolérance bien pensante : « Mais tu sais je n’ai rien contre les gays ; pourtant je ne suis pas d’accord avec toi :moi je n’ai nullement des attitudes féminines ! ». Paroles de vérité où se trémousse la conscience avec son bandeau de raison affirmée.

Demande à des Sœurs ce qu’elles pensent de cela. Parfois tu seras surpris. Souvent elles ont deviné ce qui suit. J’ai comme l’impression que chez les femmes, ces rejets masqués sont d’une autre étoffe de tulle plus que de coton !. Mais je me tais. Ma Sœur, à toi de voir !Serais-tu d’accord pour dire : « Les hommes, les Frères en quête de sagesse, ont besoin d’accueillir avec joie leur autre part » ?

Bon, aujourd’hui, les Frères admettent, pour la plupart, qu’une certaine sensibilité proche de celle de leurs compagnes, loge dans leurs méandres neuronaux. De plus en plus même prétendent, voire claironnent : » La Voie spirituelle, celle de vivre, un jour improbable, le Tout puis l’Un en sereine sagesse, nécessite de chanter sur les gammes de ses deux sensibilités. J’adhère, sans lever un sourcil, à cette croyance. Sachons raison garder quand même ; les Frères ne vont pas jusqu’à s’écrier comme le mystique Jean de la Croix : « Je suis l’épousée du Ciel ! » D’ici résonne la nouvelle ritournelle. Celle de l’Animus et de l’Anima qui cohabitent, en plus ou moins bons termes dans les profondeurs de notre inconscient. De là à extirper les flammèches de son Anima et à les proposer à notre propre vue et à celle de l’entourage, l’escalier est raide et ménage des surprises. Pourtant, je reconnais que des Frères, encore minoritaires, sont parvenus à hisser leur féminité (je reprendrai tout à l’heure ce terme trop sexué) dans les clairières des relations en eux-mêmes et vis-à-vis d’autrui. Cela étant écrit, il serait utile de progresser. Je préfère laisser C.G. Jung de côté car je le trouve fort sexiste, au profit des mâles, bien entendu. Goûte sa déclaration et tu gommeras peut-être, de ton vocabulaire ces animus et anima, porte-étendards actuels de beaucoup d’initiés : «… L’anima est la source d’humeurs et de caprices, l’animus, lui, est la source d’opinions ; et de même que les sautes d’humeur de l’homme procèdent d’arrière-plans obscurs, les opinions acerbes et magistrales de la femme reposent tout autant sur des préjugés inconscients et des a priori. » Pas très gentil pour les Sœurs !

Les femmes et les hommes sont différents ; et complémentaires ? Pour la reproduction certes mais ce n’est pas si sûr dans toutes les situations de la vie. Les couples sucent souvent le lait de l’« amourhaine », sans évoquer ceux et celles qui ne cessent de se disputer. Prudence donc La différence, elle, est avérée pour la majorité. Le bon sens irrigué par l’observation familière pose les deux questions : « Comment devient-on femelle ou mâle ? » et « Quelles sont les caractéristiques psychiques qui les différencient ? » Je vais effleurer les réponses et je t’inviterai à en tirer les conséquences sur la manière de façonner la Voie maçonnique.

Quand devenons-nous notre sexe ? Le grand (pour moi !) Sigmund écrit sans broncher : « Il appartient à la psychanalyse, non pas de décrire ce qu’est la femme – tâche irréalisable , mais de rechercher comment l’enfant à tendances bisexuelles devient une femme » Après ce aveu, il aurait pu se taire. Mais pas du tout : toute sa conception de la femme repose sur l’envie que celle-ci aurait du pénis !’envie du pénis. C’est, à mes oreilles, aberrant. Mes Sœurs interrogées sur ce point sont quasiment toutes sans envie de pénis et souvent fières de leur utérus, cette poche tiède qui donne la vie. Voici un extrait : « il appartient à la psychanalyse, non pas de décrire ce qu’est la femme – tâche irréalisable -, mais de rechercher comment l’enfant à tendances bisexuelles devient une femme » Cette phrase de renoncement lucide, pour son auteur, apporte un élément essentiel : la bisexualité native. Ainsi, dès le départ, nous sommes riches des deux possibilités qui se confondent. Cette bivalence laissera des traces toute la vie. Nos rites sont bavards et précieux sur ce point.

La Voie maçonnique a, en effet, ceci de génial : elle met en exergue notre développement biologique, du fœtus à l’âge dit de raison qui est aussi celui de l’altruisme : 7 ans. Avant trois ans, le cabinet de réflexion puis le bandeau sont des mythes qui nous ânonnent sans cesse : « Rappelle-toi, tu fus dans le ventre de ta mère. Et maintenant tu vas sorti du ventre de ta mère-loge ». Et nous recevons la lumière. C’est entre autre, celle qui nous assigne un sexe mâle ou femelle. Freud, inévitable pour moi, nous le dit, en des termes un peu compliqués : « « La structure… « pervers polymorphe » ne relève pas de la biologie mais de l’inconscient, du complexe d’Œdipe et de l’angoisse de castration. » En clair, l’assignation à un des deux sexes se produit avant 4,5 ans, le plus souvent autour de 3 ans. C’est l’âge de l’apprenti, dans notre cheminement initiatique de régression.

Chaque Frère est donc riche d’une sensibilité dite féminine, héritée de son plus jeune âge. De même pour les Sœurs. Maintenant la réponse à la deuxième question : « Quelles sont les caractéristiques psychiques de la femme qui la différencient de l’homme ? Mais que l’homme possèderait au fond de lui-même et pourrait, parfois, faire émerger dans la vie courante » Quittons la psychologie des profondeurs et observons les unes et les autres. La littérature foisonne sur ce sujet. Prenons les auteurs actuels qui sont lus dans le monde, en des millions d’exemplaires et traduits dans 50 langues : Leurs idées sont extraits d’études longitudinales. Allan et Barbara Pease qui ont écrit cinq livres documentés et savoureux, sur les relations dans un couple homme-femme. Retenons : Pourquoi les hommes ne trouvent jamais rien et pour quoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières ? Et aussi John Gray, connu pour son ouvrage « Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus ».
Voici donc, à partir de ces sources, quelques traits réputés spécifiques de la femme.

On dirait alors que les Frères pourraient revivifier dans leur inconscient les richesses « féminines » (je reviendrai sur ce mot) en s’appuyant sur leur disposition naturelle, sur leur anima, en quelque sorte. Mais ne suffit pas de claquer des doigts en batterie, pour y parvenir. C’est un travail sur soi. Pas évident : la féminité est encore parfois jugée inférieure à la masculinité. C’est pourquoi, dans cette quête, des Frères auront d’abord à nettoyer leur cave de préjugés plus ou moins sexistes. Cela tombe bien : l’introspection est une des tâches à mener, pour progresser dans la Voie maçonnique.

Je retiens les attitudes fondamentales réputées féminines : L’enfantement, l’importance de l’émotionnel, l’intuition, la compassion, la sensibilité aux relations et aux sentiments, les leurs et ceux des autres.
Dans la liste en annexe, plus complète, je fais bien attention à ne pas employer des termes moralement connotés, voire péjoratifs, dans le genre : « Les femmes sont bavardes ! » Il ne s’agit pas d’une liste mathématique. Accueillir, dans cette liste les redondances, les approximations, les exagérations, est une nécessité.

Et les Frères, dans tout cela ? Dans un autre article. Mais sans l’attendre, terminons par une citation de John Gray qui dit bien la complémentarité fréquente sans être absolue, des deux sexes : « Les hommes sont heureux et prêts à se surpasser quand ils sentent que l’on a besoin d’eux ; les femmes, quand elles se savent aimées.»

Les Frères ont intérêt pour s’enrichir de leur anima, à accepter d’abord puis à intégrer ces attitudes, sans pour autant renier les leurs. Je recommande des réunions de comité de formation pour les Frères, avec l’animation d’une Sœur, bien à l’aise dans sa peau de femme.
Ainsi ils seront plus à même, dans les loges mixtes particulièrement, mais pas seulement, d’aimer les approches dites féminines. Pour eux, une aubaine, profitable en fait dans toute leur vie. Aussi bien dans la connaissance d’eux-mêmes que dans les relations avec les autres. Le monde, -alors, s’agrandit et s’enrichit.

J’entends des Frères, voire des Sœurs me lancer « Parfaitement Jacques, c’est être actif et passif ». Je leur demande de préciser leur pensée. Et ils me sortent une abomination : « Bien sûr l’actif et le passif se complètent harmonieusement » J’insiste et eux : « la virilité est du domaine de l’actif et la féminité de celui du passif ». Je souhaite que toi qui me lis, tu ne tombes pas, comme je l’entends souvent, dans ce machisme sournois. Il est hélas assez fréquent dans les planches et les prises de parole.
Pour autant, les distinctions entre les attitudes surtout masculines et celles essentiellement -féminines ne peuvent être remises en cause. Traits non point culturels mais naturels. Il nous faut donc monter d’un cran pour assimiler les deux vécus, prendre du recul pour embrasser, au-delà des humains femelles et mâles, ce qui résonne dans l’accueil et ce qui chante dans l’expansion. Au-delà des distinctions entre l’émotion et la raison, en simplifiant outrageusement.

L’être humain est à la fois réceptif et émissif. Les hommes seraient plus souvent émissifs et les femmes, facilement réceptives. À partir de la génitalité bien sûr qui doit bien être une racine nourricière des attitudes complémentaires. Françoise Dolto, entre autres, a établi clairement la distinction : « Les pulsions génitales sont attractives chez la femme et émissives et protrusives chez l’homme…recevoir pour être féconde chez la femme ou émettre pour être fécond chez l’homme » Toutefois je m’aligne moins sur la pensée de Dolto quand elle affirme : « L’être humain est autant actif qu’émissif. Il est actif de pensée, il est émissif d’écoute. » Je dirais plutôt que les deux sexes sont, en effet, riches des deux dimensions mais avec un accent plus fort de l’une ou l’autre, selon le sexe : femmes plus réceptives ; hommes plus émissifs.

Mais je m’incline, si on lève le regard sur le monde, l’univers. Là je sens bien que les deux forces sous-tendent la nature ; pour autant que mon intuition, mon imagination des vastitudes inconnues, invraisemblables, des choses inconnues me mènent à ce port.

On peut avancer que cette double dimension est un chemin inéluctable dans la quête de la sagesse. De la spiritualité, certainement. Je peux cheminer, sans affèterie dans l’épanouissement de la double conscience. La Voie maçonnique, justement, est un tel chemin pour beaucoup d’entre nous. De plus en plus nombreux. Posons-nous donc la question pour décider si cette Voie est de plastique ou d’airain. Le réceptif et l’émissif imprègneraient-ils alors nos tenues, nos principes, nos arcanes ?
Ma réponse est, sans conteste : « Oui, la Voie diffuse tant le réceptif que l’émissif » La position assise, le silence permanent, le non-jugement, nos valeurs empathiques…relèvent de l’accueil en soi, de la réceptivité. Et la prise de parole, la batterie, nos valeurs militantes se rangeraient bien du côté de l’émissivité. La circumambulation relèverait-elle des deux ? Et la mise à l’ordre, aussi ? À chacun sa sensibilité.

Une Sœur est allée sur un sentier encore plus osé. C’est Annick de Souzenelle. Elle maintient, dans un ouvrage séduisant (« Le Féminin de l’être »), que la toute-réceptivité est, en tout premier lieu et in fine ; la dimension universelle. Alors, mon Frère, ma Sœur, en tenue, préfères-tu prendre la parole pour t’ exprimer ou méditer sur les choses du monde, dans le silence charnu, intangible et céleste ?

Annexe : Des attitudes et comportements féminins ;
• Leur taille, leur poids, leurs muscles sont souvent plus modestes.
• Leur regard balaie l’espace, à180°
• Leur taux d’œstrogène les caractérise. Il serait comptable de leur affectivité, leur intuition, leurs capacités émotionnelles.
• Elles portent l’enfant et donnent la vie.
• Elles prennent rarement l’initiative du rapport sexuel.
• Leur intelligence est plus relationnelle que rationnelle
• Elles sont sensibles, facilement contemplatives.
• Elles ont besoin de prononcer plus de mots par jour.
• Elles devinent les émotions d’autrui, e le regardant.
• Elles questionnent leurs proches pour connaître leur vie intime.
• Elles repèrent vite dans un groupe les rôles de chacun-e. Elles décodent les attitudes psychiques.
• Elles ont de la compassion.
• Elles sont souvent très accueillantes
• Une femme, quand elle ne sen sent pas bien à besoin de parler, de se confier à voix haute.
• Les femmes s’entraident, se soutiennent et s’entourent d’affection.
• Elles passent facilement du temps à décortiquer les déclarations qu’on leur fait.
• Les femmes ont besoin qu’on les écoute sans forcément leur apporter des réponses, des solutions.
• Pour elles, la réussite, la victoire sont moins importantes que les sentiments.
• Elles aiment explorer des objets entremêlés ;
• Elles aiment faire plusieurs choses à la fois.
• Elles ne visent pas nécessairement à régler un problème le plus vite possible.
Etc, etc…

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