La meute
Un humanimal : agressif et peureux

2ème partie du chapitre

Au niveau du grand groupe social, comme la patrie, cela s’appellent les guerres, comme on le voit, dans les bandes rivales de chimpanzés ou à l’intérieur d’une seule bande. Seulement, les chimpanzés, tout au plus se mordent. Les humanimaux, eux s’entretuent parfois en délices mêlées aux larmes et aux chairs déchirées. Le XXe siècle fut le pire que les Hommes aient jamais connu : .60 millions de tués: deux guerres mondiales, la Shoah, le Goulag… Alors faudrait-il éradiquer la violence, si tant il est possible et de n’en garder que la partie indispensable pour la survie ?
Le faisons-nous ? Certes pas, nous jouissons bien au contraire des scènes de meurtre, de torture, des accidents mortels ou pas. La télévision et le cinéma abreuvent notre complaisance, à vivre, en médiation douce, l’horreur enchanteresse. J’entends les aristotéliciens : bien au contraire c’est un moyen de se débarrasser de nos désirs agressifs. Il s’agirait non pas d’un appel au meurtre mais d’une purgation. D’accord ! Pourtant, de plus en plus de recherches démontrent le contraire : les violences représentées nous inciteraient à faire de même dans la réalité. Les expériences historiques, de Stanley Milgram, sur la soumission à l’autorité, ont ouvert le ban. Ne serions-nous pas, en majorité, des nazis en puissance ? Je ne parierai pas sur moi ! Et que faisons-nous ? Toujours plus de viols, de meurtres sur les écrans, en odieuse apprenance.

Conclusion – Éduquons nos enfants à maîtriser leur agressivité innée. Pas suffisant parce que se cache, tapi au fond de nous, la jouissance à contempler l’horreur. Elle est responsable du déferlement médiatique que je viens de rappeler, qui sait si bien tirer les ficelles des marionnettes. Pour l’instant, les expériences apprennent deux choses :
D’une part, la délectation au spectacle de la violence chez les autres. Ce que j’appelle le syndrome de l’accident. Qui ne freine pas, sur la route, pour éprouver de près la délicieuse sensation que procure la vue de la voiture accidentée ? Mais, ce n’est pas tout. Une autre expérience ne nous apprend rien sur nous mais le confirme nettement. Soit la mise scène d’une voiture atterrie dans un fossé, au bord de la route, très fréquentée. Les gaz du pot s’échappent encore. En outre, on aperçoit clairement une silhouette à l’intérieur. Et les expérimentateurs observent et dénombrent le pourcentage de chauffeurs qui s’arrêtent pour porter secours. La majorité freine, c’est le syndrome de la voiture accidentée. Mais à peine un tiers se gare, pour aider celui qui est prisonnier de l’habitacle. Voilà bien ce qui est en nous de l’ordre du chimpanzé qui admet la violence plutôt que de celui des bonobos, qui préfèrent l’amour.
D’autre part la panique paranoïaque et hystérique qui s’empare de tous ou presque quand cette violence menace la meute. Je me permets de rappeler une incroyable constatation. Qu’un virus fasse 3000 morts dans son pays et au-delà, dans l’humanité, alors la peur-panique saisit la meute et nous fait recourir d’urgence aux masques ; à remplir les caddies, dans un aveu sidérant des perlaborations inconscientes : « On ne sait jamais ; je préfère prendre mes précautions ». Alors que chaque jour 22 000 enfants, je l’ai écrit plus haut, meurent de faim ou de sévices, soit toutes les quatre secondes. Que pèse des épidémies face à cette effrayante statistique ? « Oui peut-être mais, moi, je n’y peux rien » s’excusent à bon marché les pharisiens. Que nous sommes en majorité. La violence proche est aussi bien un régal qu’une horreur, les deux bien mêlés, cela s’entend. Voilà le syndrome de l’accident que je viens de présenter Avec des justifications pour cacher les délices culpabilisantes : « Si je ralentis, c’est pour voir s’il y a des secours….Comme c’est le cas, je suis reparti ».
Notre prolifération est la cause profonde de nos masques de volitions de paix. Ainsi leur origine est non point culturelle, mais naturelle. Le monde est violent ; les humains y répondent, en pleine paranoïa, par leur violence. Elle fut utile à l’aube de l’humanité car les dangers naturels étaient bien réels. Aujourd’hui, plus de risques naturels ; ils sont jugulés mais la violence subsiste. Elle est détournée dans l’effroyable arsenal nucléaire, par les dictatures, par le port de masques : ne devons-nous pas, en effet, nous défendre contre les assaillants ? Au fond, nous ne cessons depuis la nuit les temps préhistoriques-ils sont très proches-, de nous lamenter sur notre sinistre état de faiblesse naturelle. Alors pour endiguer toutes ces violences qui nous fourbissent à l’intérieur de nous-mêmes, nous avons chevauché la soumission, l’arquéphilie, avec les directives morales qui nous façonnent dès notre plus jeune âge. Elles deviennent norme sociétale salutaire et nous procurent les masques indispensables pour vivre en groupe. Et nous avons codifié le droit avec les parades et les sanctions juridiques. Vrai progrès social dans le vivre ensemble. Ce faisant, nous commençons, sans nous presser à nous attaquer au virus. Il reste à se pencher sur le terrain :la santé du monde, fiévreuse dépend d’abord du terrain.
Le regard éthologique, celui de l’observation du terrain, amène à prendre beaucoup de recul sur la meute humaine et à la considérer avec désespoir. Mais avant de continuer sur ce registre, je tiens à signaler que si cette approche amène la froideur de l’observateur non partisan, le vécu de chaque membre du troupeau lui, est pétri de sensibilité : car si je suis un animal de meute, il reste que je suis très attaché à ma famille, mes proches, mes amis Je peux être triste voire désespéré quand un malheur arrive à l’un d’entre eux. . L’éthologue reste froid mais moi, je reste fort sensible. L’humanité prolifère et elle encourt les pires dangers. Mais je secours, sans état d’âme, les clochards de ma ville. Oui, c’est un paradoxe, une injonction contradictoire, comme l’on dit. Je l’assume. Ne suis-je pas le jouet de ma culture et de ses masques ?

Car la culture ne change rien, ni l’éducation ordinaire Le vécu humanimal de la meute, le grand ordonnateur n’est pas encore pris en compte. L’Homme se croit toujours un seigneur : projection du mâle alpha en Homme alpha sur la nature. Repenser l’organisation de la troupe humaine ? Mais la pensée n’y suffira pas. Michael Balint chante cet « Homme total ». De hautes tours en espérance de totalitude mais, pour l’instant, en pierres éparses. Ces pierres, bien différentes, je les trouve prometteuses. Elles aideront, je l’espère, nos descendants à vivre au mieux l’effondrement. Courte revue des prémisses : les divisions, celles des peuples, du travail… qui arrangent tant la pyramide, commencent à s’oblitérer. Nous acceptons de plus en plus le monde de la complexité, mis en avant, comme je l’ai écrit plus haut, par Joël de Rosnay. Plus de césure entre l’organique et le psychique, comme les facultés le prétendent traditionnellement. Mais le bon sens populaire, secondé par la psychologie humaniste accueille dans la même vision, les deux aspects. Encore du travail à faire pour parvenir à une conception et une réalité holistiques. Un exemple : les dépressions peuvent survenir, non d’un mal-être psychique mais d’un dérèglement du microbiote intestinal, une dysbiose. Dans les milliards de bactéries, certaines ne se conduiraient pas bien, dans certains cas de dépression cas. Fabuleux ! Ces microbiotes dont on découvre la nécessité absolue, dans notre santé, sont des clés. En ce sens je crains les avancées indéniables de la neurophysiologie. Elle localise de plus en plus les zones où s’activent tels ou tels neurones et leurs synapses pour produite des idées , des émotions ou des comportements. Ne risque-t-elle pas de fortifier le fantasme de la division scientiste et sociale ? Nous ne nous réduisons pas, comme tout le vivant, à des zones cérébrales. Mais on doit à la neurophysiologie, des découvertes appréciables : les neurones-miroirs dont l’activité dépasse les frontières biologiques et fondent la théorie de l’imitation des humains les uns par rapport aux autres. Nous redécouvrons la vertu de l’exemple ! Ce n’est donc pas du tout une vieille lune !

En outre, j’ai l’impression que deux avancées sont susceptibles de bouleverser l’humanité : les explorations de plus en plus rigoureuses de l’après-vie. J’ai évoqué les EMI. Parlons, en quelques lignes, des concepts agaçants et mirifiques du médecin-anesthésiste Jean-Jacques Charbonier, phare français en ce domaine. Je lui cède la parole en lui laissant un peu de temps : « L’hypothèse d’une conscience délocalisée extraneuronale et d’une théorie dualiste mettant en jeu la CAC (conscience analytique cérébrale) et la CIE (conscience intuitive extraneuronale) était désormais dans un document de médecine. ; inscrite à tout jamais depuis le 15 décembre 2014 dans les chromosomes de la science. Pour la première fois, le monde médical reconnaissait de façon officielle l’existence d’un esprit indépendant de la matière ! Oui, ne souriez pas ! Il n’y a aucune différence entre la « conscience intuitive extraneuronale » et le mot ou le terme « esprit ». Simple question de vocabulaire.
L’autre avancée de la compréhension de l’humain me bouleverse en radicalité subversive : L’épigénétique. On est en train de prouver que des comportements, dans certaines situations favorables, se transmettent, non point par les seules imitation et prescription, mais par une inscription génétique ! Un remue-ménage abrasif. Remise en cause partielle des mécanismes de l’hérédité. Je vous renvoie à Internet qui vous l’expliquera beaucoup mieux que moi !
En tout état de cause, le rôle des biotopes, les neurones-miroirs, l’après-vie, l’épigénétique ont bouleversé mes croyances. Je me sens un peu dénudé comme le monde qui pourrait recouvrer un peu de santé ! Pour ce faire, trouver le mode organisationnel de la meute qui correspondrait le mieux aux avancées de ces découvertes en gésine. Certains n’ont pas attendu ; ils n’ont pas été entendus. Pas trop tard pour les saluer et les écouter, les anarchistes.

La Boulomie – Editions LOL

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