Le monde ne suffit pas (et ce n'est pas James Bond)

J’étais en Loge hier soir, non pas dans la grande métropole où je réside mais dans ma résidence d’exil quelque part dans la Diagonale du Vide. En rentrant à pied, j’ai pu profiter d’un ciel magnifique, éclairé par l’obscure clarté lunaire (ce qui est bien pratique quand on a oublié sa lampe frontale). J’en ai profité pour contempler le ciel, cette magnifique voûte étoilée que la pollution lumineuse urbaine m’empêche d’admirer.
J’avais eu il y a quelques années une émotion assez forte, à l’occasion d’un séjour en Bretagne, en contemplant le ciel, sans lumière artificielle, qui m’a inspiré une planche pour ma Loge sur ce symbole de Voûte Etoilée, que je concluais sur ma recherche personnelle : le réenchantement du monde.

En fait, quand j’étais gamin, comme tous les enfants de mon âge, j’ai été biberonné à Albator, Goldorak, Cobra, Capitaine Flam, Star Wars, Dune, mais aussi à Tintin, Valérian et Khena et le Scrameustache. J’ai vécu en direct certains grands épisodes de la conquête spatiale, comme le voyage de Patrick Haigneret mais aussi cette catastrophe qu’a été le vol de Challenger en 1986. Nous sommes toute une génération à avoir rêvé de marcher sur la Lune, d’explorer les étoiles ou de conquérir Mars et Vénus. Personnellement, je suis devenu un geek, et pire, Franc-maçon, ce qui est au geek ce que Salamèche est à Reptincelle : une évolution logique et naturelle.

Ce qui me gêne désormais, c’est que l’histoire de cette grande conquête, synonyme de rêve pour plusieurs générations est désormais devenue bien prosaïque. Les recherches de profit sont devenus prédominantes. Au point que le physicien Feynmann a lancé un appel aux gouvernants, leur demandant de ne pas laisser les intérêts économiques primer sur le reste. Ce qui était une exploration est désormais une exploitation. L’époque des pionniers, des capsules Gemini, missions Apollo et autres Soyouz est désormais révolue, au profit des satellites de communication, météo, ou autres, que l’on peut voir se déplacer la nuit dans un beau ciel d’été.

Actuellement, des consortiums industriels lancent des projets tels que Mars 1 et son aller simple pour Mars en vue de son exploitation. De tels projets ont-ils encore un sens maintenant?

On peut toutefois relever derrière cette course aux étoiles que l’homme se destine à s’élever pour échapper à sa condition de simple mortel lié au sol par la gravitation. Certains rêvent de civilisation stellaire, voire de dompter les étoiles que ce soit dans la fiction (je pense aux auteurs classiques de SF Van Vogt, Arthur C. Clarke, Dan Simmons, Jacques Sternberg, Bernard Werber…) comme dans la réalité (l’astronome Nikolaï Kardashev et sa célèbre échelle de civilisation en 3 degrés, Carl Sagan…).

A l’heure à laquelle j’écris ces lignes, un danger guette notre voûte étoilée. J’ai appris en effet que les sinistres clowns de la société Space X (vous savez, les comiques qui mettent des voitures électrique en orbite) avaient lancé un programme de couverture satellite du globei, dans le but d’offrir une meilleure connexion aux réseaux divers. Si je puis me réjouir en tant que Franc-maçon que l’on puisse créer davantage de ponts entre les hommes et que chacun puisse avoir accès aux services divers qu’offre le Net tels que la culture, l’enseignement, les services publics mais aussi le divertissement et le commerce en ligne, je m’inquiète de la pollution du ciel. La proche atmosphère est déjà un sacré dépotoir avec les carcasses d’engins divers ou les restes de satellites, est-il utile d’en rajouter davantage ? Surtout pour la finalité : permettre aux géants du Net d’accroître leur poids et aux plates-formes de vidéo à la demande d’encombrer encore plus la bande passante mondialeii. Ainsi, tout le monde aurait plus facilement accès aux prêches des créationnistes, des platistes, et autres gourous religieux. Ca manquait. Tellement.

Mais le problème est un peu différent : déployer des dizaines de satellites n’est pas sans effet, loin de là. La communauté des astronomes et astrophysiciens s’insurge contre ce projet, qui aurait pour effet à court et moyen terme de les empêcher tout simplement de travailler. En fait, la circulation des satellites rendrait très difficile l’observation et la photographie du ciel.

Nous vivons dans un tel paradigme de profit, à nous contempler le nombril que nous en oublions de contempler la voûte étoilée. Pire, nous cherchons à faire du ciel un vecteur de profit, après avoir exploité et ravagé la Terre. Comme toujours, le capitalisme à l’état pur : s’approprier le bien commun pour en faire une rente et du profit pour une poignée de nouveaux riches.

Si notre ciel devient constellé de spoutniks destinés à améliorer la couverture de Netflix, à quoi rêverons-nous désormais en regardant le ciel ?

J’ai dit.

iiIl est à noter que les flux vidéo de Netflix et Youtube représenteraient près de 30 % du poids de données du transit mondial.

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