Notre frère Pierre nous a fait parvenir un commentaire aux impressions de lecture que j’ai partagées récemment dans ces pages d’OVR ; je vous les livre avec respect et considération !

AB

Temps-pis !…

de Pierre PELLE LE CROISA

Je souhaiterais apporter ma contribution au compte-rendu de « On va rentrer » sur le 4ème numéro des « Cahiers de l’Alliance », qui porte sur le thème : « La symbolique du temps – Puisqu’il est l’heure et que nous avons l’âge ».

L’auteur de la recension pose deux questions fort intéressantes :

1 – « On regrettera que dans le cadre de cette revue consacrée au temps, il n’ait pas été présenté une autocritique de la datation maçonnique ; cette datation initiée par Jack Anderson dans ses constitutions se réfère implicitement à la théorie du créationnisme dont on voit aujourd’hui, en particulier aux USA, des déclinaisons pour le moins perverses. »

2 – Sur « toutes les entrées possibles du sujet », n’est pas « abordée la question du « pourquoi » ; il [l’auteur] a d’ailleurs, l’humilité, au final, de s’avouer « incompé-temps » !

 

1 – Réponse à la remarque 1 :

Il est effectivement certain que « la datation de Jack Anderson (elle n’a pas été établie par lui, mais je pense que l’auteur de l’article fait allusion à James Anderson) se réfère implicitement au Créationnisme »… pour une raison fort évidente, qui est qu’à l’époque des « Constitutions d’Anderson » (rédigées en 1721) il n’y avait pas d’autre théorie : « L’Origine des Espèces » de Darwin n’a été publiée qu’en 1859.

Au XVIIIè siècle, on s’intéressait déjà à ce qu’on appelait : « Le Grand Commencement ». Mais comment le déterminer ? La « Genèse » étant alors la seule référence qui en parlait, il fallait remonter le plus loin possible dans le temps pour en retrouver l’instant initial.

C ‘est à ce travail que s’attelle Jacques Usher, dit Usserius (« Chronologie sacrée »), archevêque d’Armagh en Irlande, dans la première moitié du XVIIè siècle. Partant d’une date connue (la destruction du temple de Jérusalem) et s’appuyant sur la chronologie des personnages de la « Bible », la succession de ses épisodes, la durée de ses phases (la Semaine de la Création, les 15O jours du Déluge, les âges des prophètes, etc.), il remonte le cours des siècles et arrête l’origine des temps historiques à l’an 4OO4 av. J.C. Ses continuateurs affinent les calculs et fixent l’évènement au 23 octobre… à 9 heures du matin !

Cette croyance est encore vivace jusqu’à la fin du XIXè siècle, puisqu’elle est affirmée par un scientifique agnostique comme Camille Flammarion (« Les étoiles et les curiosités du ciel », chap. XVII, p. 471, éd. C. Marpon et É. Flammarion, 1882). Évoquant les rythmes cosmiques, il déclare que 3285 ans avant notre ère, soit « 940 ans avant la date ordinairement assignée au Déluge », le lever de Sirius réglait le calendrier égyptien ; ce  qui situe  le cataclysme  2345 ans av. J.-C…. et ne laisse que 1659 ans pour les « temps héroïques » (ce sont ceux des géants de la « Genèse »), après l’émergence du monde.

Il est donc naturel qu’à cette époque (XVIIIème siècle) les francs-maçons aient adopté une datation qui rajoute 4000 ans (les 4004 ans étaient généralement arrondis à 4000 ans) pour instituer leur temps maçonnique et faire remonter ainsi la franc-maçonnerie à l’origine de l’univers.

 

2 – Réponse à la remarque 2 :

Pourquoi la question du « pourquoi » n’est-elle pas abordée dans les articles sur le temps ? Parce que, quelles que soient les théories sur l’origine du temps, elle reste et restera toujours sans réponse. Il y a en effet une barrière au-delà de laquelle les scientifiques ne peuvent pas remonter, c’est « le temps de Planck » (qu’on appelle aussi « le mur de Planck » = 10-43 ou 10-44 seconde (suivant les auteurs – mais la différence est si minime à l’échelle du temps qu’on ne chipotera sur les différences !) Il est impossible de remonter plus avant.

La pensée qui recherche les origines recherche l’origine de la pensée. « Le début de monde » marque « le début de l’ignorance », déclarait Hubert Reeves dès 1987. Il ne devient intelligible qu’après. Il commence dès qu’il se comprend. Avant il n’y a rien. Comment expliquer ce qui n’est pas ? La science est impuissante à le faire. Elle existe par ce qui existe (son objet d’étude). Voilà pourquoi – ajoutait Hubert Reeves, dans une formule devenue célèbre – : « Le zéro du temps, c’est le temps zéro de la connaissance » (« L’infiniment grand » in « Océaniques »).

L’être ne conçoit que l’être : La création du vide comble le vide de la Création. Mais la tautologie ne fait pas le discours ; elle l’évince.

Bien sûr des théories ont été émises pour essayer d’aller « au-delà » de ce temps-limite (vrai vide, état quantique nul, théorie des cordes, puis brisure de symétrie et inflation, etc.) Mais en l’absence de possibilité de vérification, toute théorie qui ne peut être validée reste soit une hypothèse (domaine du postulat), soit un acte de foi (« Je crois que… »)

Dans cet esprit – et parce que l’homme a besoin de combler un vide (même s’il s’agit du vide lui-même) -, avant « l’ère quantique » a été imaginée une « ère imaginaire » : Il n’y a pas de temps, il n’y a pas d’espace, il n’y a que le vide, un vide fondamental, un « faux vide » par rapport au « vrai vide » (de temps et d’espace) que l’on connaît. Ce n’est pas le néant, c’est l’état d’énergie minimale en l’absence de particules ; un état quantique nul, sans matière ni rayonnement, un « être non-étant ». Tout est calme, paisible, silencieux. Le ciel est dans les limbes. Il ne sait pas qu’il va naître. « L’ère du vide » est ainsi une « ère imaginaire », « l’image de ce qui n’est pas »… Pourquoi pas ?

La réponse au pourquoi du temps serait donc, au mieux : Pourquoi pas ? Mais les francs-maçons ne disent-ils pas : « Les questions sont plus importantes que les réponses ? »

Un grand merci à l’auteur de ces remarques très pertinentes de « On va rentrer ». Comme il peut le voir, j’ai essayé de « m’en sortir » du mieux que j’aie pu !

Bien fraternellement,

Pierre PELLE LE CROISA, Marseille, le 22 novembre 2019