J’ai appris hier qu’un homme était décédé durant l’été à l’âge honorable de 89 ans. Le notaire qui avait en charge son testament eu la surprise cette semaine de découvrir que le défunt possédait pas moins de 27 comptes bancaires. Il avait accumulé au cours d’une vie de travail environ 8 millions d’euros. Ce n’est point une honte que d’avoir du succès dans ses affaires me direz-vous.

Ce qui est plus gênant en revanche, c’est d’apprendre que cet homme n’avait eu ni femme, ni enfant pour partager ce magot. Il avait fait cela pour lui tout seul. Avant de rendre l’âme à son créateur, Il a laissé une simple lettre. Ses dernières volontés consistent à léguer toute sa fortune à une congrégation religieuse déjà bien riche. Connaissant quelque peu cette douteuse institution, je sais que ce capital n’ira certainement pas alimenter les caisses de nos hôpitaux bien vides ou les restos du cœur bien pauvres. Enfin, souhaitons de bonnes ripailles à ces cénobites peu partageurs.

Je ne vous cache pas que cela m’a révolté à plusieurs titres. Tout d’abord, d’apprendre que cet homme avait exercé le métier de banquier. Car selon moi, cette activité est une forme de parasitage du travail des autres. Les sommes gagnées par cet homme l’ont été au détriment de la sueur des travailleurs. Ensuite, d’imaginer ce personnage accumulant sou par sou, tel l’avare classique, toute sa vie durant, pour constituer son magot, cela me donne un sentiment de gâchis de l’existence humaine.

L’ironie de cette histoire est qu’il est mort seul dans une institution sans cœur ni tendresse, sans cérémonie ni respect de ses dernières volontés, faute d’information préalable.

Il me semble que c’est la démonstration si besoin est, qu’une existence de partage et de fraternité vaut toutes les fortunes du monde. La valeur qui conduit au bonheur est incontestablement le résultat du lien humain produit par nos échanges fraternels et désintéressés. Il est bien seul celui qui s’enferme dans une forteresse aux murs tapissés d’or et aux portes blindées incrustées de diamants.

Tout le monde s’accordera à penser que l’homme heureux est celui qui aura su trouver la justesse dans toutes les possessions matériels, mais qui aura su aussi accumuler sans limite l’amour autour de lui. Je suis justement inquiet de cette valeur qui tend à disparaître de nos ateliers au profit des richesses matériels ou des grades et fonctions.

Nous ressassons à longueur de tenues toutes nos valeurs d’humanité, de fraternité et de partage. Pourtant, dans les faits, ce sont souvent les mêmes qui sont de corvée. Tant pour ce qui concerne le temps offert, les tâches ou parfois l’argent. Avouez que la générosité n’est pas la vertu première du maçon. Il est évident que le Frère de cœur ne se vante pas de ses actions de charité. Pourtant, force est de constater que lors d’un appel au secours, ils ne sont jamais très nombreux ceux qui répondent : « présent » !

Dans le fond, je vais vous confier une de mes pensées dont j’ai presque honte… Allez, je me lance : Eh bien voila, ce banquier au cœur bien sec, je me suis demandé s’il n’avait pas été Franc-maçon. Avouez que c’est inquiétant quand même de penser autant de mal.

Dites, vous croyez que c’est grave ?