Quoi qu’il en soit des différentes pratiques de la méditation, si on veut en comprendre les bases scientifiques et médicales, il faut avoir à l’esprit le processus qui se met en œuvre.

En simplifiant, on peut décrire trois composantes dans une séance de méditation :

  • La première, c’est la réalisation de la respiration abdominale,
  • La deuxième concerne la concentration sur un objet ou une image,
  • Dans la troisième composante, on atteint un certain éloignement.

La première explication médicale des effets de la méditation est relative au fonctionnement des systèmes nerveux sympathique et parasympathique. La méditation aurait un effet parasympathicomimétique anti-stress. Cette explication, si elle a sûrement un intérêt, ne saurait être exhaustive.

De nombreuses études, réalisées principalement aux Etats-Unis, mais aussi en Inde, tendent à prouver que la méditation a un impact sur le fonctionnement cérébral.

Pour concevoir ce qui se passe, il faut rappeler que des processus biologiques originaux interviennent au niveau cérébral ; ils concernent principalement l’activité des neuro transmetteurs et des neuromodulateurs.

Le premier neurotransmetteur, l’acétylcholine, a été découvert en1926 par le physiologiste allemand Otto Loewi ; depuis de nombreux autres ont été identifiés. Ce sont des petites molécules chimiques qui opèrent au niveau de la transmission des informations entre deux neurones, (les neurones étant les noms donnés aux cellules nerveuses). Parmi les plus connus, outre l’acétylcholine, citons la dopamine, l’acide γ-aminobutyrique ou GABA, la sérotonine, le glutamate ou la noradrénaline.

Les neuromodulateurs, de découverte plus récente, sont des molécules plus complexes qui interfèrent avec les neurotransmetteurs ; les neuromodulateurs sont parfois définis comme les acteurs du cerveau « hormonal », celui qui, à titre d’exemple, joue un rôle dans les contextes de stress et d’émotivité. Parmi les neuromodulateurs les plus connus, on peut citer l’ocytocine ou le Corticotropin-Releasing Factor.

Neurotransmetteurs et neuromodulateurs agissent principalement au niveau de l’espace entre deux cellules nerveuses et aussi entre une cellule nerveuse et une autre cellule ; on appelle cet espace la synapse. Aujourd’hui, on explique l’action de ces molécules par leurs effets facilitateur ou inhibiteur dans d’autres réactions biologiques.

A titre d’exemple, une étude réalisée par des chercheurs indiens et publiée en 2015 révèlent que  « bien que les récepteurs GABA soient présents dans tout le cerveau, les recherches ont montré une diminution de l’activité GABA dans plusieurs structures cérébrales chez les patients présentant un trouble panique par rapport aux témoins » .

Or il a été démontré que la méditation, qui est capable d’éviter les paniques, favorisait la production du neurotransmetteur Gaba.

Pour avoir une idée de l’impact des neurotransmetteurs et des neuromodulateurs, il faut aussi faire allusion aux nouvelles découvertes sur le fonctionnement du cerveau.

Ces connaissances, apparues progressivement à partir des années 70 ont constitué une vraie révolution qui n’a pas fini de produire ses effets.

Avant elles, les scientifiques considéraient, d’une part que la cellule spécifique du tissu cérébral, le neurone, possédait une spécialisation fonctionnelle et d’autre part que le cerveau était divisé en zones topographiques ayant chacune une spécificité.

Les nouvelles connaissances ont complètement effacé ce que l’on croyait, pour constater que le cerveau était beaucoup plus dynamique ; Le neurone, cellule spécifique du cerveau, que l’on croyait figé, se révèle être capable d’adaptation.

Aujourd’hui, ce dynamisme de la cellule cérébrale s’exprime par deux mots : plasticité neuronale ou plasticité cérébrale !

Pour saisir l’importance de cette découverte, citons l’histoire vraie que Michel Le Van Quyen, célèbre neurobiologiste, raconte dans son livre « Les pouvoirs de l’esprit » ! Voici comment il raconte l’histoire de Pedro :

« En 1959, un vieux professeur espagnol émigré aux États-Unis est soudain foudroyé par un accident vasculaire cérébral. Pedro a perdu le contrôle de la moitié de son corps et son visage est complètement paralysé. Il ne peut plus parler. Le pronostic délivré par les médecins est sans appel : le voilà condamné à être paralytique le restant de ses jours avec, probablement, seulement quelques mois à vivre.

Pourtant, son fils refuse de croire que son père est perdu. Il a l’idée saugrenue de lui réinculquer tous les gestes, les uns après les autres, comme s’il s’agissait d’un nouveau-né : il commence par lui apprendre à marcher à quatre pattes, au grand dam des voisins, scandalisés que ce vieux monsieur puisse déambuler dans le jardin comme un chien, puis il le stimule pour se déplacer à genoux et enfin à marcher de nouveau sur ses deux jambes.

C’est ainsi qu’au bout d’un an d’exercices quotidiens Pedro retrouve spectaculairement toutes ses facultés : il parle normalement, rejoue du piano, danse et parvient même à redonner des cours à l’université de New York, à la stupeur de ses médecins. Lorsque Pedro décède plusieurs années plus tard d’une mort naturelle – en l’occurrence, d’une crise cardiaque après avoir escaladé une montagne en Colombie ! –, l’autopsie de son cerveau révèle un phénomène stupéfiant : la majorité des nerfs reliant son cortex cérébral à sa colonne vertébrale avaient été détruits par l’accident vasculaire.

L’homme a donc vécu des années avec une minorité de connexions entre son cerveau et le reste de son corps… Cela ne pouvait signifier qu’une chose : grâce à l’entraînement suivi, les neurones qui lui restaient ont été formidablement rééduqués pour remplir toutes les fonctions habituelles du cerveau. »

L’histoire de Pedro Bach-y-Rita n’a été possible que parce que son fils, le Dr Paul Bach-y-Rita, a connu les travaux de l’école américaine de neurobiologie validant cette étonnante capacité du neurone humain à s’adapter à des stimulations variées pour permettre de répondre aux besoins de l’organisme.

Car la plasticité cérébrale ne produit ses effets que si le cerveau est stimulé ; chez un être humain en bonne santé, c’est dans la petite enfance que les stimulations jouent leurs rôles pour développer l’intelligence et les autres qualités humaines.  De là l’importance de la pratique de la méditation dès le plus jeune âge.

Dans le cas de Pédro, il a été démontré que, même chez une personne avancée en âge, la stimulation est capable de réactiver la plasticité neuronale pour permettre aux neurones encore en activité de remplacer les neurones malades.

Cette stimulation neuronale met en jeu les neurotransmetteurs et les neuromodulateurs qui vont recréer des connexions nouvelles permettant aux organes du corps humain de retrouver un fonctionnement normal.

En dehors de la méditation, la connaissance de la plasticité neuronale a débouché sur d’autres applications pratiques :

  • Le traitement des lésions cérébrales
  • Le traitement des difficultés d’apprentissage :
  • Le développement d’interfaces cerveau-machine :
  • La création de prothèses sensorielles :
  • Le traitement des douleurs du membre fantôme,
  • Le traitement de la douleur chronique :
  • L’utilisation de l’écholocalisation humaine, en particulier pour l’aide aux non-voyants,
  • Et aussi l’utilisation des exercices de fitness.

Le champ des applications va sûrement s’étendre dans les prochaines années et cela transformera la prise en charge des maladies aujourd’hui difficilement soignées.

Pour revenir à la méditation, je ne saurai terminer cette contribution sans revenir sur l’extraordinaire collaboration qui s’est nouée entre les proches du DalaÏ Lama et en particulier Mathieu Ricard, et les chercheurs américains.

L’une des études les plus connues a été dirigée par Sara Lazar, de l’Université Harvard, en l’an 2000.

Richard Davidson, neuroscientifique à l’Université du Wisconsin, a également mené des expériences en coopération avec le Dalaï Lama sur les effets de la méditation sur le cerveau. Ses résultats suggèrent que la pratique de la méditation à long terme ou à court terme entraîne différents niveaux d’activité dans les régions du cerveau associées à des qualités telles que l’attention, l’anxiété, la dépression, la peur, la colère ou la capacité du corps à se guérir soi-même.

Grâce à ces échanges, il est possible d’affirmer que les changements fonctionnels observés sont la conséquence des modifications induites dans la biodynamie du cerveau par la méditation.

Dans une étude rétrospective des différentes recherches réalisées, deux chercheurs américains, concluent « qu’un grand nombre de recherches scientifiques montre que la méditation peut influencer les concentrations biologiques d’un certain nombre d’hormones et de neurotransmetteurs, dont beaucoup sont connus pour être liés à la relation biologique avec le stress et l’humeur. Ces résultats sont corrélés avec les influences positives bien connues de la méditation sur la relaxation et le contentement. »

Tout laisse à penser que la pratique de la méditation constitue une réelle stimulation neuronale capable de transformer le fonctionnement du cerveau en favorisant son activité dans les domaines de la réflexion, de la maîtrise de soi et de l’imaginaire.

Pratique millénaire traditionnelle, la méditation se voit aujourd’hui valorisée par les connaissances actuelles sur le fonctionnement cérébral.

Cette valorisation rentre dans le cadre d’une nouvelle conception de nos capacités cognitives : on pourrait la résumer par ce constat : en stimulant nos neurones par la méditation, l’amour de la vie sera encore plus beau !

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NDLR : Cette planche correspond à la contribution du Dr Bréant lors du colloque organisé par les éditions LOL le 11 octobre à Paris sur le thème « La méditation qu’en attendre ? »

1 commentaire

  1. […] Des bases scientifiques et médicales de la Méditation Quoi qu’il en soit des différentes pratiques de la méditation, si on veut en comprendre les bases scientifiques et médicales, il faut avoir à l’esprit le processus qui se met en œuvre. En simplifiant, on peut décrire trois composantes dans une séance de méditation : La première, c’est la réalisation de la respiration abdominale, La deuxième […]