Près de sept siècles depuis son apparition, l’humanisme est toujours un sujet de réflexion qui nous interpelle.

Dans un monde qui ne cesse d’évoluer mais qui reste imparfait, on retrouve toujours cette dichotomie entre l’existant et le souhaitable.

Les sociétés humaines fonctionnent toujours sur le mode des puissants et des « subissants ».  Selon le degré de la prise en compte des droits de l’être humain, les puissants ont plus ou moins de pouvoir autoritaire et le contrôle de leur pouvoir est plus ou moins sophistiqué. Mais au final, le clivage persiste.

L’accès à la connaissance reste toujours un parcours semé d’embûches d’autant plus que les savoirs ont suivi une courbe exponentielle. On pourrait penser que la démocratisation a joué son rôle mais en réalité ce n’est qu’une parcelle des connaissances qui est accessible à tous. On « croit » savoir, mais ne s’agit-il pas, le plus souvent, de connaissances plus ou moins anciennes et défraîchies ?

Au XVIIIème siècle, avec la philosophie des Lumières, l’Humanisme s’apparentait à une espérance d’un monde différent où la liberté, la connaissance et le bonheur seraient possibles pour tous.

Au XXème siècle, cet humanisme est fortement critiqué en particulier par Claude Lévy-Strauss qui relève :

« Ce contre quoi je me suis insurgé, et dont je ressens profondément la nocivité, c’est cette espèce d’humanisme dévergondé issu, d’une part, de la tradition judéo-chrétienne, et, d’autre part, plus près de nous, de la Renaissance et du cartésianisme, qui fait de l’homme un maître, un seigneur absolu de la création. J’ai le sentiment que toutes les tragédies que nous avons vécues, d’abord avec le colonialisme, puis avec le fascisme, enfin les camps d’extermination, cela s’inscrit non en opposition ou en contradiction avec le prétendu humanisme sous la forme où nous le pratiquons depuis des siècles, mais dirais-je, presque dans son prolongement naturel, puisque c’est en quelque sorte d’une seule et même foulée que l’homme a commencé par tracer la frontière de ses droits entre lui-même et les autres espèces vivantes et s’est ensuite trouvé amené à reporter cette frontière au sein de l’espèce humaine, ses parents, certaines catégories reconnues seules véritablement humaines, d’autres catégories qui subissent alors une dégradation conçue sur le même modèle qui servait à discriminer entre espèces vivantes humaines et non humaines, véritable pêché originel qui pousse l’humanité à l’autodestruction. »

On voit aussi apparaître les concepts de post-humanisme et de trans-humanisme qui prétendent offrir une adaptation de l’humanisme à l’intelligence artificielle.

Au XXIème siècle, avec l’émergence du néo-libéralisme, l’humanisme apparaît comme une valeur sacrifiée sur l’autel de l’efficacité économique.

Une autre réflexion tend à relativiser l’humanisme en le présentant comme une sur-représentation de l’être humain et les effets délétères de la surexploitation de notre planète par les activités humaines imposent de relativiser la place de l’humanisme.

Et pourtant, depuis plus de trois siècles, les francs-maçons se réclament toujours de l’humanisme même si ce terme ne figure pas à proprement parler dans les rituels maçonniques :  on peut aujourd’hui le comprendre dans le sens du progrès, de la justice sociale et de la liberté de conscience. Il s’agit d’une « valeur » proclamée et réclamée mais qui ne suscite pas une réflexion approfondie.

 

Etre humaniste ?  Comprendre l’humain dans toute sa complexité !

Tout se passe comme si les problèmes sociétaux, comme la question de l’emploi, les risques environnementaux ou la gestion des flux migratoires, imposaient aux philosophes de notre temps de délaisser le champ de l’individualité.

Or on voit bien que les vécus des êtres humains interfèrent fortement avec les problématiques collectives.

Ne pourrait-on pas concevoir l’humanisme de ce siècle comme l’intérêt que l’on peut porter pour ce qui concerne les vécus des êtres humains ?

Tout ce qui est humain nous intéresse : les désirs, les souffrances, les joies, le bonheur, le fonctionnement et bien d’autres aspects !

Si on ne peut plus aujourd’hui, après les travaux des grands philosophes, se réclamer d’un humanisme de « valeur », au moins pourrait-on faire de l’humanisme un domaine de connaissances à explorer !

Faisant le constat que la loge ne peut être une enceinte d’où émane des propositions sociétales, on peut imaginer l’intérêt qu’elle soit un lieu d’expression de l’individualité !

Cet intérêt pour un humanisme du vécu aurait aussi l’avantage de compléter notre envie de mieux nous connaître.

Lorsqu’on connaît la complexité du fonctionnement de l’être humain, on comprend que les vécus puissent être d’une grande variété. Que cela soit, les vécus « logiques » et délirants, les vécus de soumission et de domination, ou encore les vécus selon le genre, les vécus de souffrance et ceux d’illumination, rien n’est plus beau que le récit d’un vécu !

Etre humaniste, pour nous francs-maçons, pourrait ainsi se résumer en trois affirmations :

  • Comprendre,
  • Connaître,
  • Aider !

1 commentaire

  1. […] L’humanisme en question ?Près de sept siècles depuis son apparition, l’humanisme est toujours un sujet de réflexion qui nous interpelle. Dans un monde qui ne cesse d’évoluer mais qui reste imparfait, on retrouve toujours cette dichotomie entre l’existant et le souhaitable. Les sociétés humaines fonctionnent toujours sur le mode des puissants et des « subissants ».  Selon le degré de […]