Comme cela a déjà été dit par d’éminents spécialistes, le monde maçonnique fonctionne sur le mode obsessionnel ! Qui dit obsessionnel, implique une organisation, des rendez-vous réguliers, un découpage du temps, des rituels et plein de détails connus !  C’est ainsi que chaque année au mois d’août la plus grande obédience maçonnique de France a rendez-vous avec son convent annuel : l’assemblée générale réunissant les représentants des loges.

Bien que le Grand Orient de France soit une association régie par la loi de 1901, il a gardé un mode de fonctionnement pour le moins archaïque qui date de plus de trois cents ans :

  • C’est une fédération de loges mais les loges ne sont pas libres de faire ce qu’elles souhaitent ; l’organe central que constitue le conseil de l’ordre a des prérogatives qui lui sont propres en particulier en ce qui concerne la détention des patentes des rituels ;
  • Les loges de France et hors de France sont regroupées dans 17 régions qui élisent leurs propres conseillers de l’ordre, élus pour trois ans par tiers ! Au total aujourd’hui, il y a 37 conseillers.
  • Les conseillers de l’ordre forment le conseil de l’ordre et élisent le Grand Maître (l’équivalent d’un président d’association) et les membres du collège (l’équivalent d’un bureau d’un conseil d’administration)
  • Les représentants des loges (un par loge soit près de 1300 représentants) se réunissent en assemblée générale (le convent) et votent les articles du règlement général, les propositions de vœux sélectionnés par les conseils régionaux, et les différents rapports du conseil de l’ordre.

On peut bien imaginer la difficulté pour un représentant d’une loge de pouvoir prendre connaissance des dizaines de sujets et des milliers de pages sur lesquelles il doit donner un avis ! Sans oublier que théoriquement, il se doit de transmettre l’avis des membres de sa loge !

Comment croire que plus de mille personnes réunies dans un hangar d’une foire exposition soient capables de mener une réflexion sereine en quelques heures ? (le convent se réunit sur 2 jours et demi avec un ordre du jour gigantesque où les prises de paroles des représentants des loges sont limitées à quelques dizaines de secondes).

Donc c’est de la folie pure et simple ! Au total, chaque convent se résume à une validation (vive le vote électronique)  de tout ce qui est présenté avec l’aval du conseil de l’ordre mis à part une ou deux questions qui créent parfois une passion permettant à des apprentis tribuns d’électriser la foule des innocents !

Mais c’est ainsi et ce n’est pas prêt de changer car toute réforme supposerait un minimum de consensus ce qui est fonctionnellement impossible aujourd’hui !

Une erreur de débutant : Dans cette accroche réalisée par le GODF, dater 29,30 et 31 août 6019 est une erreur de débutant : soit on choisit le calendrier dit maçonnique et dans ce cas on doit dire 29ème, 30ème et 31ème jour du 6ème mois de l’année de la VL 6019, soit on choisit le calendrier grégorien et on ne parlera que des 29, 30 et 31 août 2019 ! Mais mélanger les deux, cela ne se fait pas !

Quoi de particulier pour cette année ?

Jean-Philippe Hübsch (photo ci-dessous), élu Grand-Maître l’année dernière, verra, à l’issue du premier jour du convent, sa fonction remise au vote par le nouveau conseil de l’ordre : sera-t-il reconduit ?  Rien aujourd’hui ne semble annoncer son black boulage mais tout est possible si des manœuvres de couloir permettent à un ambitieux de fédérer des oppositions diverses !

Au lendemain de son élection, Jean-Philippe Hübsch avait eu le courage d’annoncer sa volonté de consulter les loges et de proposer quelques réformes ;  en fait trois sujets concernés  peuvent aujourd’hui donner lieu à un débat voire à des élans passionnels:

  • La politique internationale du Grand Orient de France, avec essentiellement la proposition de quitter le CLIPSAS, l’organisation qui regroupe les obédiences maçonniques dites libérales (c’est-à-dire qui refusent la main mise de la Grande Loge Unie d’Angleterre)
  • La réduction du nombre des régions maçonniques de 17 à 15 avec maintien du nombre des conseillers de l’ordre ce qui sous-entend une nouvelle ventilation par région ;
  • Et la limitation de la faculté de créer des loges pour essayer de maîtriser les raisons fantaisistes !

Il y avait bien aussi la consultation des loges sur ce que devrait être « l’engagement maçonnique au XXIème siècle » pour une obédience comme le GODF qui a des velléités universelles ; mais quand on prend connaissance des contributions adressées par les loges au conseil de l’ordre on se rend compte que cela n’intéresse pas vraiment les loges (67 contributions pour près de 1300 loges avec un nombre limité de propositions concrètes qui ne cassent pas trois pattes à un canard).

Il y aura bien des questions gênantes concernant les difficultés du conseil de l’ordre d’une organisation apparemment sérieuse comme le GODF à gérer le quotidien : informatisation pour le moins imparfaite et soupçonnée d’être peu sécurisée, gestion chaotique du restaurant de l’immeuble parisien source de gabegie financière innommable !

Et puis, il y a toutes ces questions qui ne seront pas même abordées bien qu’elles le mériteraient et en particulier le refus du conseil de l’ordre d’accepter la féminisation des fonctions si elles sont occupées par des soeurs ou le problème de la parité des organismes obédientiels comme cela est recommandé aux associations profanes.

Le convent c’est aussi l’occasion d’examiner les comptes ; car si le GODF est d’abord une association non lucrative, il ne fait pas oublier que c’est aussi une entreprise immobilière rentable au point que les mauvaises langues se demandent si cet aspect n’est pas devenu l’essentiel !

 

Un nouveau conseil de l’ordre pour la période de septembre 2019 à août 2020

37 conseillers, que des hommes (bien que le GODF se veut une association progressive et mixte, la notion de parité pour les organes dirigeants n’est pas encore à l’ordre du jour), plutôt des hommes âgés (63 ans de moyenne âge et 26 ans de moyenne d’ancienneté maçonnique) ; contrairement à la moyenne nationale, la majorité des conseillers de l’ordre a fait des études supérieures (23 sur 37). Un seul dans ce conseil est un récidiviste déclaré ayant déjà été élu (le règlement le permet une fois).

Professionnellement, la catégorie la plus représentée appartient au monde de l’entreprise libérale (chefs d’entreprise, cadres commerciaux, profession libérale) 13 sur 37 ; en deuxième position, on retrouve les enseignants (10 sur 37 dont 3 enseignants d’université) ;  il y a quand même deux salariés syndicalistes déclarés.

La tonalité politique de ce conseil de l’ordre semble pencher vers la droite et le centre droit si on se réfère à l’origine sociologique ; l’engagement politique déclaré dans la cité (militants ou élus), lui, ne concerne qu’une minorité, 6 sur 37. A signaler l’existence d’un conseiller affichant sa sensibilité communiste.

Le plus remarquable se retrouve dans l’engagement associatif : 19 conseillers sur 37 ont un fort engagement associatif dans la société civile dont un conseiller de l’ordre militant déclaré LGBT.

Une autre particularité dans ce conseil de l’ordre : deux conseillers sont des transfuges d’autres obédiences (GLDF et GLNF) mais nul doute qu’un jour viendra où d’autres conseillères de l’ordre seront aussi des transfuges du DH ou de la GLFF !

La plupart de ces conseillers pour ne pas dire tous sont de fortes personnalités avec quelques parcours de vie exceptionnels !

 

Comment comprendre que des hommes expérimentés, habitués d’organisations complexes, ayant connaissance des contraintes financières très strictes et des obligations réglementaires de transparence, acceptent de cautionner un fonctionnement moyenâgeux où les décideurs se réunissent une fois par mois comme au café du commerce et consacrent l’essentiel de leur temps  à faire la tournée des popotes-loges pour serrer des mains et dire des propos convenus où « tout le monde il est gentil » ?  Heureusement que le GODF dispose d’une administration sérieuse et efficace qui sait gérer les affaires courantes mais celle-ci ne peut pas tout faire !

Ce désordre chronique entretient une incompréhension et une certaine désillusion ; mis à part quelques frères qui se délectent des ambitions de cordonite et des « tirs à vue », la majorité des sœurs et des frères n’a pas une très bonne opinion de la gestion obédientielle et de ses conseillers de l’ordre de l’inutile ! Mais c’et ainsi ! Faut bien accepter !

A moins que le nouveau président du convent et son orateur, les deux hommes clés d’un convent, se révèlent des personnalités fortes capables d’argumenter et de présenter des textes forts qui permettraient un fonctionnement plus respectueux de l’humilité dont nous nous réclamons !

Pour infos :

 

Le site du GODF : https://www.godf.org/

Présentation vidéo du GODF 

Reportage de FR3 sur le convent 2018

Les derniers articles du même auteur accessibles sur ce blog :