Depuis toujours, la méthode maçonnique repose sur le postulat suivant : action > réaction. Un principe basé sur la ligne du temps que nous retrouvons sur la règle à 24 divisions.

Prenons comme exemple le travail de la Pierre brute. Elle est d’abord extraite de la carrière, puis grâce au savoir-faire maçonnique, elle va peu à peu se polir et marquer ses angles. Chaque coup de ciseau est destiné à aboutir au produit fini, nommé Pierre cubique. En définitive, le tailleur de pierre décrète préalablement la forme finale. C’est ainsi que sont préconçues la forme des pierres, celle du mur et… la construction du Temple tout entier. Ce dernier doit d’ailleurs correspondre en tous points au plan initial de l’architecte.

Le travail en Loge du maçon sur lui même suit-il ce même processus ?
OUI ! Pourtant, il me semble que la réponse devrait être NON !

On pourrait ainsi considérer que bon nombre de maçons se trompe d’interprétation sur la méthode.

La problématique de ces derniers réside précisément dans la compréhension de cette mécanique aléatoire et au demeurant incertaine. Ils mémorisent des méthodes et des réflexes et capitalisent ainsi jusqu’à la totale maîtrise des enchaînements des causes et des effets. C’est ce qu’on nomme habituellement des conditionnements. Prenez l’exemple des joueurs d’échecs. Le travail des grands maîtres repose sur la mémorisation par bloc de milliers de parties passées. Ainsi, ils musclent leur mémoire à court terme qui est appelée « mémoire de travail ». Leur pratique devient ainsi le résultat d’un lent processus pour forger des mécanismes automatiques. La finalité du joueur consiste ensuite à tout oublier pour laisser son instinct totalement disponible afin de réagir aux actions de l’adversaire. Lorsqu’on sait qu’il existe 4 milliards de combinaisons pour les 3 coups à venir, on comprend aisément que la formation à un conditionnement est la seule voie de l’efficacité pour gagner.

Le travail de l’alchimiste est précisément le contraire. Il reproduit ce qui pourrait sembler être une technique apprise et renouvelée des centaines de fois, alors qu’en réalité, il pratique l’acte unique. Chaque manipulation n’a pas pour objectif de renouveler les gestes en améliorant le savoir-faire. Le but est de générer des réalités nouvelles, jamais observées avant, et ce, dans un état de disponibilité mentale absolue. C’est justement dans ces nouvelles réalités qui apparaissent furtivement, que l’alchimiste va conduire ses recherches pour explorer, en totale résonance avec son être, l’art qu’il tente de développer.

A l’image d’un comédien qui rejoue 500 fois la même pièce sans jamais retrouver le même public, la même énergie de jeu… ni la même magie finale. C’est ce qui rend la pièce totalement unique et c’est pour cela qu’on le nomme « Art ».

« Quel rapport avec la Franc-maçonnerie » me direz-vous. Je vais y venir.

Toutes les personnes qui sont en Loge à nos côtés sont le résultat d’une sélection totalement aléatoire, car elles ne sont pas rentrées en même temps, ni sélectionnées par le même groupe. Par conséquent, lorsqu’on intègre une Loge normalement constituée, on entre dans une communauté parfois disparate, mais jamais uniforme. C’est pourquoi, les passions du maçon sont ensuite soumises à rude épreuve. Il faut avouer que l’interaction avec toutes ces personnalités différentes vient chatouiller l’orgueil pour les uns, les petites certitudes pour les autres et sans aucun doute pour tout le monde, le sentiment de l’inconnu et du manque de contrôle. Tout cela est de nature à secouer le maçon qui vient en Loge pour chercher à se réfugier des problèmes du monde extérieur.

C’est alors là qu’il doit faire face à des difficultés relationnelles. Il essaie de plaquer sur des problématiques nouvelles des méthodes anciennes qui ne fonctionnaient déjà plus au dehors. L’attitude de certains êtres dit réactionnels est de prendre le contrôle du groupe. Nous voyons alors apparaître la cratophilie[1] dans toute sa splendeur. Bienvenue dans le monde de la course aux grades et aux fonctions. Dans l’autre camp, celui des êtres dit inhibés, nous observons des maçons qui se referment, immobiles en attendant la fin du conflit. Ils sont tétanisés et restent hors de l’action. Dans toutes les querelles de Loges, vous voyez ceux qui se bagarrent pour obtenir leur trophée et le troupeau loin derrière qui attend pour compter les points. Chacun a une bonne raison d’agir comme il le fait et tout cela devient le travail alchimique de la Loge.

En réalité, il n’y a ni bons ni méchants dans cette affaire, il n’y a que des expériences humaines vécues. Le seul point qui me pose problème, c’est le sens donné au travail dans la Loge. Combien de maçons affirment haut et fort qu’ils ne sont certainement pas venus en Loge pour vivre cela !

C’est là qu’ils comment une grave erreur. Soit ils se comportent en technicien et viennent en Loge pour reproduire inlassablement ce qu’ils connaissent déjà, soit ils viennent pour donner un sens nouveau à des expériences déjà connues, tel l’alchimiste. Et là, une transmutation peut s’opérer pour que le maçon devienne qui il est réellement. Il opère alors le « Connais-toi toi-même » par des réponses nouvelles à des questions habituelles.

Ce point de questionnement est absolument crucial et très peu de Frères abordent la notion du chaos dans ce sens. Je vous propose donc d’envisager quelques instants cette nouvelle façon de penser grâce à un exemple précis.

– Vous prêtez 100 € à votre jumeau de Loge. Ce denier ne vous le rend pas le jour convenu. Comme à l’habitude vous prenez le téléphone et vous menacez jusqu’à ce qu’il cède, du moins si vous êtes dans le groupe des réactionnels. Sinon, vous courbez l’échine, vous vous plaignez de l’ingratitude et du manque de Fraternité, du moins si vous êtes dans le groupe des inhibés. Vous avez gagné, il vous rembourse dans le premier cas. Vous avez perdu, vous êtes victime dans le second. Dans tous les cas, les apparences vous donnent raison… du moins temporairement, car l’harmonie entre votre jumeau et vous est rompu. Quant à vous, vous avez expérimenté  en Loge le même comportement qu’au dehors. Était-il réellement utile de se faire initier ?

Observons maintenant la même situation avec des outils maçonniques. Aucune Loge ne pourra vous prémunir contre les Frères qui ne remboursent pas. Il n’existe pas de communauté humaine qui ne créé pas des discordes ou des conflits. Travaillons donc avec nos outils symboliques et commençons par le fil à plomb. Il symbolise la rectitude, c’est à dire ce qui est juste et aligné. Posez-vous la première question :

a) est-ce qu’il vous arrive souvent de vous faire mentir ou vous faire abuser dans les engagements pris ?
Il est possible que cette mésaventure avec votre jumeau vous permette de prendre conscience de la récurrence de certaines situations. Auquel cas, la deuxième question est :

b) comment je réagis habituellement ? (confrontation, fuite, rancune, vengeance…) ?

Votre Loge devient dans cet exemple un laboratoire humain où vous pourrez expérimenter de nouvelles réactions inhabituelles afin d’obtenir des résultats différents grâce à vos Frères de Loge.

Pour le prix de 100 €, il serait utile par exemple d’aller rencontrer en tête à tête et très calmement le jumeau et l’interroger sur ce qui a pu l’autoriser à croire qu’il avait le droit de vous léser de cette somme. Cela vous permettra peut-être de comprendre ce qui se dégage de vous et qui engendre cette répétition infernale de situations. L’intérêt de cette épreuve, vous l’aurez compris, n’est pas de s’améliorer dans le recouvrement de vos créances, mais bien de comprendre ce qui vibre assez fort chez vous pour créer des situations répétitives. Vous pourrez ensuite commencer à travailler sur votre centre (le fil à plomb) et aussi sur votre comportement (la matière du niveau). Une fois les deux alignés, vous serez dans une élévation, une maîtrise pourrait-on dire… et vous conduire ensuite vers la leçon n°2, car la première sera totalement acquise par votre conscience.

Mon propos n’est certainement pas de vous donner des combines pour régler vos conflits en Loge. Il s’agit uniquement de comprendre que lorsqu’un conflit naît, il faut au minimum 2 intervenants : L’autre et vous ! Et si vous entrez en guerre contre tous les autres, le problème principal (vous) restera toujours le même. Vous ne pourrez pas tuer l’ensemble des méchants de cette terre, il en naît de nouveaux chaque matin.

Cet autre est venu à votre rencontre pour vivre l’expérience du conflit. La raison est la suivante : votre vibration et la sienne sont entrées en harmonie. Si vous changez votre vibration, l’attirance de cet autre disparaîtra comme par enchantement. Voilà ce qu’on nomme la loi d’attraction. Il s’agit tout simplement de deux fréquences silencieuses qui s’unissent pour vivre des expériences utiles sur le chemin de la sagesse. C’est le même principe qui attire deux êtres dans l’amour. Tant que la leçon n’est pas comprise, on continue son chemin jusqu’à la prochaine rencontre et ainsi de suite jusqu’au changement de fréquence. C’est un peu comme un autoradio qui traverserait la France et qui rencontrerait dans chaque ville des stations de radio qui diffusent des programmes différents… mais toujours de même nature musicale.

Comment procéder pour progresser et sortir de ce cycle. C’est très simple, commencez par vous observer et voyez quels sont vos mécanismes habituels. Puis, faites le pas de côtés, le temps de prendre le recul nécessaire. Et enfin, tournez le bouton de la fréquence afin de produire un autre résultat en vous. Ensuite, vous pourrez continuer le chemin et essayer de comprendre les tenants et aboutissants de chaque expérience. En résumé, la Loge est un lieu d’expérimentation où on travaille le Solve et Coagula alchimique. Au lieu de réagir instinctivement pour protéger votre territoire acquis, la question qui doit venir à l’esprit pour chaque épreuve devrait-être : « Que dois-je faire de ce qui m’arrive ? ». Or la plupart des gens se disent : « Pourquoi cela m’arrive t’il encore ? ». On tourne en rond et cela peut durer toute une vie.

Comme le disait Rita Mae Brown : « La folie consiste à faire la même chose encore et encore et à attendre des résultats différents. ». C’est peut-être en cela que la Franc-maçonnerie est très intelligente. Elle ne sert aucunement à changer les choses. Elle sert à modifier notre regard, afin de les envisager dans leur réalité profonde. C’est cela et uniquement cela l’alignement et la rectitude dont nous parlons dans le fameux V.I.T.R.I.O.L.. Tout le reste ne ressemble qu’à la force qui conduit à la rigidité. On connait tous la fin de l’histoire. Jean de La Fontaine nous en avait déjà parlé avec son chêne et son roseau.

Franck Fouqueray

 

[1] L’amour du pouvoir