Il est banal de constater que la Franc-Maçonnerie n’a pas, dans la société mondiale, la place qu’elle mériterait d’avoir en qualité de puissance morale.  Comme pour toute organisation sociale, ce ne sont pas les attaques anti-..  (anti-maçonniques en l’espèce) qui sont la cause de cette situation.  La raison principale de notre impuissance provient essentiellement des divisions qui fracturent notre cohérence, nous rendent inaudibles et nous renvoient dans le maquis des petits courants de pensée plus ou moins sectaires !

​Dans le monde, c’est la franc-maçonnerie anglo-saxonne qui n’apparaît plus que comme un mouvement caritatif éloigné de toute démarche éthique et de toute réflexion sociétale.

Dans notre pays, si le Grand Orient de France reste l’obédience la plus importante, elle semble se maintenir dans une identité réduite à la défense d’une laïcité du siècle dernier avec un fonctionnement inadapté à l’enjeu d’une modernité et d’une ouverture au Monde.

Partout les querelles inter-obédientielles semblent être l’activité principale d’obédiences plus préoccupées de conserver leurs petites sphères d’influence que de chercher des rapprochements.

Et pourtant, qui ne sait pas que seule l’union peut donner l’indispensable crédibilité ?

Aujourd’hui, en France, on pourrait identifier douze sujets de division qui « fracturent » le paysage maçonnique ; ce sont par ordre alphabétique :

 

  1. Les conflits d’intérêts
    • Sous prétexte de ne pas s’immiscer dans la vie personnelle des sœurs et des frères, on laisse se mettre en place des fraternelles qui facilitent la déviance vers des activités commerciales plus ou moins claires, de sorte que l’appartenance maçonnique apparaît parfois comme un passe-droit ou un facilitateur de relations d’affaires. On nous accuse même de privilégier nos intérêts lorsque nous occupons des fonctions dans nos obédiences. Dans ces conditions, l’éthique, dont nous nous réclamons, peut sembler être une « douce » figure de style.
  2. Les égos
    • Les échos réguliers de la vie en loge sont riches en anecdotes relatant des attitudes agressives liées à la volonté soit de mettre fin à une omnipotence, soit de refuser toute remise en cause d’un patriarcat. Les créations de loges sont souvent motivées par le désir pour un meneur (ou une meneuse) de créer « sa » loge ! L’humilité, la modestie ou la bienveillance, qui devraient nous coller à la peau deviennent dans ces conditions des illusoires cache-misères.
  3. Les hauts grades
    • Avec leurs obédiences, les suprêmes conseils, les hauts grades, sous le prétexte de faire vivre leurs rites, ont toujours agi de telle manière qu’on pouvait les accuser de vouloir « contrôler » les obédiences « ordinaires ». Dans certaines d’entre elles, les suprêmes conseils ont obtenu une autorité de contrôle de toute initiative obédientielle. Castes sectaires pour certains, pouvoir occulte pour d’autres, les hauts grades ont perdu toute crédibilité initiatique.
  4. La laïcité :
    • Alors que la laïcité par la loi de 1905 ne s’impose qu’à l’état, certaines obédiences se sont fait une spécialité de « tirer les sonnettes d’alarme » dès qu’un fait de société faisant intervenir un symbole religieux est mentionné dans les médias. Les références à la nécessaire tolérance, à la liberté de conscience et au droit d’exprimer des différences semblent passer au second plan derrière la posture de chien de garde de la Laïcité ! Est-ce vraiment sérieux ?
  5. Les obédiences
    • Rien ne justifie les dizaines d’obédiences françaises si ce n’est l’incapacité de permettre aux loges d’avoir un cadre commun qui leur permettrait d’exprimer leurs originalités ! Il serait du devoir de la plus grande obédience, le GODF en l’occurrence d’être une structure d’accueil ouverte capable d’offrir un vrai centre de l’Union. Dans la réalité, il semble se développer des gué-guerres entre les obédiences pour des raisons le plus souvent anecdotiques.
  6. Le parisianisme
    • C’est le mal français que l’on retrouve dans la franc-maçonnerie. La prééminence des sièges parisiens et la proximité des dirigeants introduit une ségrégation de fait.
  7. La politique
    • On ne peut être « aveugle » sur le mal que fait l’engagement politique de certains francs-maçons : il y a les loges de gauche et les loges de droite, sans parler des maçons d’extrême droite , et chacun se renvoie la balle pour savoir qui est « parjure » ; même chose pour les loges colonialistes et les loges anti-colonialistes ! Sans parler des fraternelles ! Il y a même une fraternelle parlementaire ! Les aigreurs et les frustrations ne sont pas propices au travail maçonnique !
  8. La régularité
    • Avec sa référence aux landmarks la Grande Loge Unie d’Angleterre a introduit un puissant facteur de division qui n’avait d’autre intérêt que de lui conférer une pré-éminence institutionnelle ! Médiocre prétexte qui se retourne aujourd’hui contre toute la franc-maçonnerie ! La régularité n’apporte aucune caution morale ou philosophique.
  9. Les rituels
    • Au lieu de considérer les rituels comme des outils symboliques, pouvant être adaptés aux particularismes des loges, les rites sont devenus des entités dogmatiques avec leurs organisations (les suprêmes conseils) et leurs évangélisateurs. Et c’est à qui sera le « meilleur » rite !
  10. Le sexisme
    • Le sexisme en franc-maçonnerie est un élément culturel qui empêche l’accueil des femmes dans les loges. Même si aujourd’hui, il existe des loges mixtes et féminines, cela reste un fait marginal. Est-il possible de croire qu’une puissance morale à vocation humaniste et universaliste puisse être sexiste ? Evidemment NON !
  11. Le sionisme
    • Le sionisme qui aurait du être considéré comme une expression politique n’ayant pas vocation à être un sujet de réflexion maçonnique a vu son sens dériver pour devenir synonyme de soutien à la politique des gouvernements israéliens ; et naturellement cela a abouti à une partition entre les anti-sionistes et les pro-sionistes, avec une autre déviation qui a permis à l’antisémitisme de s’infiltrer dans l’anti-sionisme ! Le comble est atteint au point d’aboutir au propre reniement des motivations de notre engagement.
  12. Le spiritualisme
    • Le spiritualisme lorsqu’il est poussé à l’extrême devient le mysticisme, qui avec le spiritisme ou l’occultisme constitue une déviance de la démarche maçonnique propre à engager les pratiquants vers l’impasse des délires narcissiques ; et pourtant on trouve encore dans certains rituels, ou dans certains textes une apologie de cette déviance ! Le spiritualisme quand il est dogmatique se veut aussi une porte fermée à la participation des athées ou non-croyants à la démarche maçonnique.

L’avenir de notre ordre est conditionné à notre capacité à trouver des réponses à ces divisions qui nous affaiblissent et nous décrédibilisent.

L’entente et l’union sont possibles ; ces divisions ne sont pas insurmontables si on veut privilégier l’essentiel, c’est-à-dire tout ce qui dans la démarche maçonnique est valorisant : la fraternité, l’universalisme, la recherche de la perfection, la chaîne d’union.

Pour cela, il faut avoir le courage d’analyser dans notre fonctionnement ce qui mériterait d’être réformé pour mieux répondre aux exigences d’une dynamique d’ouverture et de respect mutuel.

Deux réformes me semblent indispensables :

  • Donner à la structure obédientielle une réelle spécificité ;
  • Redonner une réelle liberté de fonctionnement aux loges.

La structure obédientielle a deux fonctions principales :

  • Organiser le fonctionnement des loges
  • Etre la représentation publique de l’expression maçonnique.

Aujourd’hui ces deux fonctions sont gérées par un conseil de l’ordre ; celui-ci, avec son existence éphémère et des membres peu disponibles, n’est pas réellement en mesure de s’impliquer efficacement.

Ne serait-il pas pertinent de scinder ces deux fonctions :

  • Confier la représentation publique de l’expression maçonnique a un conseil de l’ordre plus réduit en nombre mais élu pour une durée de 4 ans sans interruption ?
  • Confier la tâche de la surveillance et de l’organisation des loges à une structure conventuelle dont les membres seraient élus pour deux ans ?

Le conseil de l’ordre en se concentrant sur l’adaptation de nos valeurs aux problématiques contemporaines dans un esprit de recherche éthique et humaniste pourrait mieux jouer son rôle sociétal.

Le convent avec une structure permanente pourrait mieux faciliter la dynamique des loges dans la diversité mais en respectant l’unité.

Je suis convaincu que pour la France, le Grand Orient de France a une responsabilité majeure dans notre capacité collective à trouver des réponses à ces divisions. En sa qualité de plus grande obédience maçonnique, c’est au GODF de tendre la main vers les autres non pas pour exiger ou pour soumettre, mais pour engager un dialogue dans un esprit de bienveillance en regardant l’avenir.

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