Etudier un symbole, c’est d’abord le comprendre et le replacer dans un univers symbolique.

Les symboles sont en eux-mêmes dérisoires et pourtant par un phénomène de projection ils prennent vie et jouent pleinement leurs rôles dans ce qu’on pourrait appeler l’univers symbolique protecteur qui est nécessaire à chaque être humain pour exister et pour se voir reconnaître.

C’est parce que les hommes et les femmes sont dans l’incomplétude de leurs univers symboliques qu’ils souffrent et qu’ils sont désorientés. Pour illustrer cette réalité, je citerai le refrain de la magnifique chanson de Blacko intitulée « Déraciné » :

Déraciné, je suis déraciné
Même pas blanc, même pas noir une histoire trop compliquée, compliquée
Déraciné, je suis déraciné
Comme un baobab planté dans Babylone

L’intérêt de l’étude des symboles dépasse l’analyse culturelle du symbole pris isolément. Pour toute société humaine le symbole s’intègre dans un mythe qui lui est propre.

Le Mythe apporte une explication à l’existence humaine et à ses différentes péripéties ; il fixe les lois du cheminement humain et apporte des réponses aux questionnements. Elément culturel il imprègne l’apprentissage du jeune enfant et s’incruste comme une vérité qui ne le quittera pas.

Arbre d’Afrique, le baobab est un symbole africain qui s’est vu attribué de multiples qualificatifs : “l’arbre magique”, “l’arbre pharmacien”, “l’arbre de la vie”, “l’arbre à palabres”, “l’arbre à l’envers” ou encore “l’arbre sens dessus dessous”.

Le Baobab,  c’est d’abord un arbre et à ce titre il est un des archétypes porteurs d’une symbolique universelle.

Selon Jung, les archétypes sont les schèmes éternels de l’âme humaine, les images et symboles qui peuplent l’inconscient collectif et modèlent le flux de l’énergie psychique.

L’arbre et son cycle ont de tous temps inspirés la symbolique du cycle de la vie terrestre.

  • La graine qui donne naissance,
  • la croissance,
  • l’explosion florale,
  • le dessèchement avant la phase de repos végétal apparent
  • La graine qui poussée par le vent viendra assurer la régénération de « l’âme » de l’arbre.

Ces différents stades sont à l’image des différentes phases de la vie humaine et les êtres humains ont su utiliser l’arbre ou certains de ses constituants pour symboliser un sentiment ou une qualité humaine.

Pour certains auteurs, l’arbre est d’essence féminine. On lui associe l’acte sacré qui assure, depuis le fond des temps, la chaîne de la vie : l’acte de porter fruit.

Pour d’autres, L’arbre serait plutôt de nature hermaphrodite associant la féminité du réceptacle et la fécondité secondaire à la masculinité d’un symbole phallique.

Dans tous les cas, l’arbre immense nous évoque de nombreuses images ancestrales qui s’intègrent dans sa fonction de lien bidirectionnel entre le Ciel et la terre.

De par sa qualité d’arbre, le Baobab se rattache ainsi au symbolisme d’autres arbres sacralisés utilisés dans d’autres cultures.

Pour ne parler que des principaux :

  • le Chêne en Europe et au moyen orient,
  • le Frêne en Europe du Nord,
  • l’Olivier des grecs et des romains,
  • le Sakaki (Cleyera japonica) pour les shintoïstes japonais,
  • le Sycomore des égyptiens, le Dialan (caïcedrat) pour les Peuhls et les Mandingues,
  • ou l’Acacia de notre symbolique hiramique.

Par ailleurs, l’arbre en qualité d’élément constituant renvoie aussi à la symbolique de la forêt et des bois sacrés que l’on retrouve dans de nombreuses régions du monde.

C’est dans le bois sacré que se déroule le processus initiatique qui transforme le jeune apprenti en initié de la communauté.

Etudier le symbolisme du baobab nécessite d’aller à la recherche des utilisations qui sont faites de sa représentation et ce qu’il peut en rester aujourd’hui dans l’imaginaire collectif.

L’appropriation du baobab par la population africaine provient des multiples utilisations de ses productions :

Le Fruit : La décoction de la pulpe sèche du fruit (jus de bouye) est utilisée comme antidiarrhéique pour ses propriétés astringentes (Afrique de l’Ouest, Afrique australe). Elle est également utilisée comme fébrifuge et dans l’hémoptysie.

La pulpe a été utilisée contre le paludisme. Elle est aussi préparée en porridge dans l’agalactie. La pulpe du fruit du baobab (aussi appelé pain de singe) est très riche en anti-oxydants.

La Feuille : La feuille est utilisée en décoction dans des tisanes médicinales contre le paludisme. Elle sert de fourrage pour le bétail durant la saison sèche.

L’Écorce : L’écorce a été utilisée comme fébrifuge. Elle servait autrefois, avant que cela soit prohibé, à confectionner cordes et cordages.

Au Mali, au Pays Dogon, le fruit séché du baobab est transformé en “maracas” après l’avoir percé de petits trous et décoré au fer rouge.

Riches en phosphate, les graines sont utilisées pour la fabrication de savon et d’engrais.

La sève entre dans la fabrication du papier.

Le baobab est avec le lion l’un des deux symboles majeurs du Sénégal puisqu’il figure sur le sceau du Baobab qui estampille les actes de l’administration publique de la République du Sénégal.

Officiellement, la justification de sa représentation est liée d’une part aux utilisations multiples des différentes parties de sa structure et d’autre part à sa fonction sociale d’arbre à palabres situé au centre du village et près duquel on aime se réunir et régler les problèmes communautaires.

En Afrique du Sud, il a été institué depuis 2002, sous la Présidence de Thabo Mbecki, The  Order of the Baobab ou ordre du baobab pour récompenser les individus pour les services rendus au pays ; le baobab a été choisi car il est le symbole de l’endurance, de la vitalité et pour son utilisation comme arbre à palabres sur les places villageoises.

Le baobab est un élément important de la culture animiste en général et de la culture sérère en particulier. Il est ici possible de parler de symbole vivant dans la mesure où il joue pleinement son rôle et qu’il participe à différents moments sacrés de la vie sociale ; en simplifiant, il me semble que l’on pourrait l’assimiler à la coupe du Saint-Graal, réceptacle d’un état de conscience intemporel.

Le baobab comme tous les symboles a un sens particulier en fonction des références symboliques des groupes humains qui le reconnaissent et de son intégration dans un mythe fondateur de la communauté.

Au Sénégal, chez les Wolofs et les Lébous, il semble que le contenu symbolique du Baobab soit lié surtout à sa qualité d’arbre : comme tous les arbres il rentre en interférence avec les rab, les tuur et les djinns ; les arbres sont la résidence des rab. On considère généralement que le rab entre dans l’être humain à la suite d’une offense, d’une provocation généralement inconsciente ; donc s’il a besoin de quelque chose dont les hommes disposent pour réparer cette offense, le rab exige qu’on réponde à ce besoin. Cependant, l’homme [dans lequel le rab est entré] ne le saura qu’à la suite d’une consultation auprès d’un guérisseur qui lui indiquera le rab et ses exigences (qui peuvent être du lait, un mouton, des noix de cola, un coq, une chèvre…). Tant qu’on ne l’a pas offensé, le rab ne peut rien contre l’humain, l’offenser est un acte involontaire car il est invisible. L’arbre peut donc être vécu comme un élément de méfiance et de peur.

Au Sénégal, certaines ethnies – notamment les Sérères et les Lébous – n’enterraient pas leurs griots, mais les déposaient à l’intérieur des troncs creux de gros baobabs, une coutume qui s’est poursuivie jusqu’au XXe siècle. Cette relation entre le Baobab et le griot mérite qu’on s’y arrête car la fonction sociale du griot et ses dons donnent un éclairage sur le symbolisme du baobab. Dans la hiérarchie sociale sérère le griot est au service de l’homme libre (les Diambours en wolofs) ; au-delà du mémorialiste – historien de la famille, le griot était d’abord un conteur de la nuit ; cette fonction de conteur et le rôle pédagogique et social du conte sont des éléments essentiels de la cohésion du groupe familial.

A Kahone, tout proche de Kaolack, cette ancienne capitale du royaume du Saloum est célèbre pour  son Baobab des initiés, dit “Gouye Ndiouly”. C’est en effet sous cet arbre que Bour Saloum (titre que portait le du roi du Saloum) réunissait les jeunes pour leur circoncision. L’occasion était également mise à profit pour les initier à la vie, notamment au combat et à la cavalerie.

Gouye Ndiouly servait également de lieu de test aux candidats à l’intronisation, en ce sens que chaque prétendant au trône se devait de l’arpenter sans l’aide des bras. Et le nombre de pas franchis déterminait la durée de son règne.

Chez les Soninkés, il existe une formule préalable à une prise de contact avec quelqu’un de confiance qui s’apparente à un interrogatoire rituel :

  • Question préalable : Quelle est la nature de l’amitié entre le l’homme et le singe ?
  • Réponse de l’interlocuteur :  Si l’homme jette son bâton sur le baobab et qu’il reste niché dans les branches, le singe le lui rend.
  • Deuxième question : Et si le singe ne le lui rend pas ?
  • Deuxième réponse de l’interlocuteur : Alors l’amitié sera rompue !

Tout se passe comme si le singe exécutait les ordres du baobab en l’occurrence sa capacité à discerner une vraie d’une fausse amitié.

A la suite cet échange de paroles rituelles de reconnaissance, chacun s’étant reconnu, le dialogue peut commencer.

Pour comprendre la place du baobab dans la symbolique des valeurs sociétales, on retrouve dans différentes ethnies africaines de nombreuses légendes qui parlent du baobab ; je vous en propose une qui vient du Burkina-Faso :

On raconte que, dans un endroit loin de l’énigmatique Afrique, il y a longtemps, vivait une famille très pauvre de lapins dans laquelle le père lapin gagnait sa vie comme il pouvait pour donner à manger à sa famille. La vie était très difficile pour cette famille de lapins. Un jour, papa lapin fatigué de marcher dans le désert brûlant se coucha à l’ombre d’un grand arbre.

Le lapin assis dans l’ombre de l’arbre déplorait son sort. Il a commencé par maudire le soleil qui brûle , le sable, la pluie qui inonde le village et tout. Quand soudain, l’arbre se mit à lui parler avec une voix très douce.

–         Ami Lapin, pourquoi vous plaignez-vous ?

–         Oh, combien triste et malheureuse est ma vie. Si seulement je pouvais être un arbre comme vous … Bien sûr!, Debout toute la journée, sans avoir à travailler, il suffit de vous dégourdir les feuilles et d’obtenir les aliments du soleil et la pluie. Alors que moi, je dois travailler très dur, je dois souffrir de la faim pour nourrir mes enfants … Quelle  est triste ma vie!

L’arbre lui répondit  de sa voix mélodieuse :

–         Vous savez, je ne suis qu’un baobab, et même si je n’ai jamais su  parler aux animaux, cela me fait de la peine de vous entendre gémir ainsi !

Après ces mots, le lapin se leva et regarda l’arbre de haut en bas. Il n’avait pas remarqué que l’arbre était en fait un baobab.

–         Excusez-moi Baobab, je vous promets que je ne me plaindrai jamais plus, il suffit de me laisser aller et continuer à travailler fort afin de ne pas pleurer pour ce que je suis .

–         Attendez ami lapin, ne partez pas encore …

Tout à coup, les branches du  baobab s’écartèrent , le baobab  poussa un soupir de joie et, après quelques secondes de silence, son cœur s’ouvrit lentement pour laisser apparaître des bijoux, des diamants, des pièces d’or, perles, rubis, pierres précieuses, des tissus précieux, etc .

 Le lapin fut très étonné de ce spectacle et le baobab de sa voix douce lui dit:

–          Prenez ce que bon vous semble, aller, acceptez le peu d’aide que  je vous offre de bon cœur mon bon ami.

Le lapin, très reconnaissant, prit dans ses mains ce qu’il pouvait et s’éloigna heureux après avoir remercié le baobab d’une telle démonstration de générosité.

Arrivant à la maison, il raconta tout à sa famille et, qu’il pourrait enfin, changer leur mode de vie.

Papa Lapin avait maintenant une voiture de lapin pour aller au travail. Maman Lapine portait de beaux habits, et pouvait faire cuire un repas pour leurs enfants. Maintenant maman Lapine portait toujours son collier de perles de lapin aux réunions de ses amis, et ce fut lors d’une de ces réunions que Mme Hyène nota avec beaucoup d’envie les richesses de Mme Lapine. Mme Hyène, qui était très autoritaire, exigea de son mari qu’il aille lui acheter un collier de perles !

Mr Hyène, était curieux de savoir comment le lapin avait acquis tant de richesses ;  un jour, il s’approcha de lui et lui demanda ce qu’il avait fait. Eh bien, papa lapin, qui était d’un cœur noble, lui raconta tout ce qui s’était passé avec le baobab.

Mr Hyène très excité, sans perdre une seconde, alla à l’endroit où était le baobab.

Puis, il cria d’une voix forte:

– Ah. Pourquoi ma vie est-elle si misérable ?  je suis si pauvre, et  si malheureux !

Le baobab  se mit à secouer ses branches doucement et lui répondit :

–         Mon bon ami hyène, pourquoi vous plaignez-vous de votre sort ?

–         A  la vérité, je ne suis pas assez heureux comme il le devrait, si seulement je pouvais avoir autant de trésors que Mr Lapin , ma vie serait différente.

Soudain, les feuilles de baobab s’étirèrent avec un  tendre soupir. Mr Hyène était impatient, ne pouvait pas arrêter de bouger de gauche à droite.

Puis, le cœur de l’arbre s’ouvrit pour faire apparaître ses nombreux trésors, et le baobab dit de sa voix calme:

 –         Prenez ce que bon vous semble, aller, accepte le peu d’aide je vous donne cher monsieur Hyène

Mr Hyène, qui avait une intention bien différente de celle du lapin,  en souhaitant s’approprier la totalité des trésors du baobab,  se jeta sauvagement sur le baobab et, avec ses griffes acérées, a commencé à déchirer le cœur de l’arbre et à faire beaucoup de dégâts.

Ce fut très douloureux pour le baobab, qui poussa un long  cri de douleur et de tristesse puis le cœur du baobab se  referma et se cacha parmi les feuilles qui avaient pris un ton  d’un vert très foncé. L’hyène qui ne put obtenir ce qu’il souhaitait  se mit à maudire l’arbre en  déchirant  son tronc, mais le tronc du baobab était devenu tellement rugueux que M. Hyène, très fatigué, se retourna et rentra chez lui sans aucune espèce de trésor.

La légende raconte que depuis lors, personne n’a jamais vu le cœur du baobab et qu’il ne peut plus être abordé par les animaux parce qu’ une odeur repoussante  émane de son tronc. On dit aussi que les hyènes errent toujours à travers le désert à la recherche de baobab pour obtenir les trésors cachés de cet arbre. 

Et ils disent aussi que le baobab est un peu comme les gens.  Pourquoi est- il si difficile pour les gens d’ouvrir leur cœur?  Pourquoi est- il si difficile de démontrer la richesse qui est à l’intérieur?

Cette légende met en scène 3 personnages : le baobab, le lapin et l’hyène ! On voit bien que le baobab joue un rôle central, généreux mais juste, ouvert dans une situation de recours face à la détresse mais aussi se fermant s’il n’entend pas le langage du coeur ! Au service du faible mais ferme face à la violence cupide !

Symbole cher aux animistes, le Baobab appartient aussi au Mouridisme et à Touba où il figure comme un symbole vivant et sacré malgré que sa présence physique ait été effacée.

Cheikh Amadou Bamba a connu son expérience mystique au pied d’un baobab et les lieux-dits de TOUBA comportaient des arbres comme “Gouye Tékhé”, le baobab de la félicité dans le cimetière, et l’impressionnant baobab mosquée Gouye Diaye qui servit au Cheikh Ahmadou BAMBA pour abriter ses retraites spirituelles au moment où le Seigneur lui fit comprendre les signes architectoniques qui président à la cosmogonie de la ville de TOUBA.

L’érudit BUKHARI  rappelle que le Prophète MOUHAMMAD (PSL-paix soit sur lui) a dit à un des fidèles lui demandant :

Ô envoyé de Dieu, Prospérité (c’est-à-dire TOUBA) à celui qui t’a vu et qui t’a été fidèle ! ” Alors, un homme lui demanda : “Qu’est ce que TOUBA ? Le Prophète lui répondit : “TOUBA est un arbre dans le jardin paradisiaque. Le laps de temps nécessaire pour le franchir est de cent ans et, à l’orifice des fruits apparaissent les vêtements des habitants du jardin. TOUBA est un arbre du paradis que Dieu a planté par sa puissance et y a insufflé son Âme, ses branches pourront être vues en dehors des murailles du paradis. Cet arbre produit des bijoux et des fruits qui sont à la portée de ceux qui le désirent”.

Le CORAN dit dans la sourate XIII, paragraphe 29 :

“CEUX QUI SONT FIDELES ET QUI SE COMPORTENT D’UNE MANIERE INTEGRE, PROSPERITE A EUX (TOUBA LAHOUM) ET L’EXCELLENCE D’UN LIEU DE RETOUR”.

Au Sénégal, on dit aussi que l’arbre TOUBA est symbolisé par un “MBEPP (nom de l’arbre gommier Sterculia setigera )”.

Comme il a été dit le Baobab est vécu comme un arbre bienfaisant mais il peut aussi être regardé comme un symbole inquiétant pas toujours bénéfique :

–         A Madagascar, on dit que certains baobabs retiendraient des esprits maléfiques qu’ils libéreraient la nuit tombée.

–         Au sud-ouest du Bénin, précisément dans les départements du Mono et du Kouffo, les populations de baobab (Adansonia digitata) sont actuellement très menacées parce que selon les communautés locales, ces populations de baobab abriteraient des sorciers et autres esprits maléfiques.

–         Dans le Sine-Saloum, une étude sur le système des croyances Nyominka réalisée par Amadou Tidiane CISSE, Aurélie GHYSEL & Cédric VERMEULEN témoigne de la présence de l’esprit  Laga maléfique résidant dans un baobab sacré à proximité du village de Soum. La zone d’influence de cet esprit s’étend à tous les espaces environnants (mangrove, bolongs, vasières et amas coquilliers). L’accès y est formellement interdit aux Wolofs, aux personnes vêtues de rouge et nul ne peut y prélever les fruits de son territoire hormis la famille bienveillante, qui y dispose donc d’une maîtrise exclusive interne.

C’est ainsi que l’on pourrait donner quatre qualificatifs majeurs au contenu symbolique du baobab :

–         Symbole d’une vie antérieure et d’un univers invisible

–         Symbole de la générosité

–         Symbole de protection

–         Symbole d’une localisation d’esprits maléfiques

 

Il est temps de faire référence à un célèbre conte occidental qui met en scène le baobab : Antoine de Saint-Exupéry, dans le Petit Prince , utilise le caractère gigantesque du baobab pour en faire un repoussoir et un arbre de malheur à tel point qu’il le range dans les mauvaises herbes qu’il faut éradiquer pour garder la planète propre. Dire que les millions de lecteurs d’un des ouvrages les plus lus dans le monde, avec tout le prestige qui l’accompagne, puissent percevoir les baobabs comme des agents destructeurs de la planète montre à quel point un auteur du XXè siècle pouvait avoir une perception aussi fausse de l’univers africain !

Aujourd’hui,  il me semble important de soulever une interrogation : comment le Sénégal et les Sénégalais peuvent-ils accepter de voir cet arbre magnifique qu’est le baobab périr progressivement au risque de le voir disparaître de nombreux espaces du territoire ?

Cet arbre qui est devenu un des symboles de la République du Sénégal n’est plus, dans de nombreuses régions, que l’ombre de lui-même ; étêtés, émondés à outrance, ils tombent les uns après les autres ! En dehors de la Casamance, il n’y a plus que dans la réserve de Bandia que l’on peut encore en voir avec leur majesté et leur magnifique frondaison.

Mais oublions ces réflexions de tristesse !

Pour les peuples d’Afrique, le baobab reste un symbole important du savoir ancestral et de la réflexion philosophique ; cette interprétation me semble confortée par cette opinion exprimée par le grand spécialiste de la mythologie africaine, Amadou Hampâté Bâ, qui a déclaré :

« Je suis un diplômé de la grande université de la Parole enseignée à l’ombre des baobabs. »

Le Baobab était un symbole uniquement africain mais aujourd’hui il a acquis une autre valeur : pour de nombreux citoyens du monde il symbolise aujourd’hui l’Afrique et à travers lui  tout ce qu’elle a de beau, de grand et de courageux ; il est intéressant de noter que la revue Jeune Afrique publia en 2004 à l’occasion du 91ème anniversaire d’Aimé Césaire un article intitulé « Un baobab nommé Césaire ». Aimé Césaire, ce grand poète martiniquais qui a su tellement bien exprimer la sensibilité de la négritude et la révolte anti-colonialiste se voit ainsi reconnaître dans la stature de ce grand symbole de l’Afrique.

Symbole présent dans de nombreux mythes africains où il est associé aux mystères des génies, le Baobab est aujourd’hui, dans le monde entier, devenu un symbole moderne avec un nouveau contenu plus simple : la grandeur de l’Afrique, de sa culture et de sa pérennité.

Dans cette fonction, il s’intègre parfaitement dans un univers symbolique protecteur aux côtés des autres symboles des éléments culturels de notre planète Terre.

Gloire au Baobab !

J’ai dit.

NB : J’ai dédié cette planche aux soeurs et frères d’Afrique : comme l’avenir du Monde se joue en Afrique, je suis convaincu que l’avenir de la Franc-Maçonnerie dépendra de la capacité des soeurs et frères africains à se la réapproprier. La vitalité du symbolisme africain est une richesse qui peut redonner force et vigueur à l’engagement maçonnique. Espérons, espérons, espérons !

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