Une Loge qui mélange le principe masculin et le principe féminin ne dégage forcément pas la même énergie qu’une Loge dont la polarité est uniquement masculine ou uniquement féminine. Entendons-nous bien, dans ce propos il n’est absolument pas question de considérations sexistes ou sociales. Nous travaillons en maçonnerie à unir les contraires, à rassembler ce qui est épars. Il s’agit de réunir l’eau et le feu, la lune et le soleil.

Vous avez tous vu le Pharaon, représenté croisant sur sa poitrine les deux sceptres : la crosse et le fouet. Ce sont des attributs divins. La crosse est appelée « héga » et le flagellum (le fouet) lui, est appelé « nekhekh ». Le Pharaon peut ainsi guider son peuple avec la crosse qui rassemble, mais aussi, le protéger grâce au flagellum, qui repousse. Une représentation nous apparaît aussitôt, le héga est la force qui ramène, qui enveloppe, la force du yin en somme. Quant au nekhekh, son énergie est diffusante et émettrice, tel le yang. Lorsque Pharaon les pose sur son plexus solaire, il unit les contraires. La prochaine fois que vous verrez le Maître de Cérémonies et l’Expert former devant le Vénérable Maître, l’équerre avec la Canne et l’Épée, vous pourrez donner un autre sens, celui de l’union du héga et du nekhekh, du masculin et du féminin.

Certains m’objecteront qu’il est bon, parfois, que les hommes puissent se retrouver entre eux et que les femmes, si elles le souhaitent, puissent en faire de même. Comme le dit le héros de la série « Kaamelott », (les amateurs de TV me comprendront) : « C’est pas faux ! ». Mais comme je le dis moi-même : « C’est pas toujours vrai non plus ».

La bonne société anglaise permet aux hommes de se retrouver dans leur club, les femmes n’y sont pas autorisées. Est-ce là l’origine de la maçonnerie unisexe ? Si la maçonnerie est une simple rencontre sociale en vue d’un échange d’idées, alors oui, elle peut être unisexe. Il est en effet bon de disserter entre hommes ou entre femmes de temps en temps. Ou encore, si nous considérons notre travail initiatique comme le moyen de nous éloigner quelques heures de nos conjointes, sans prendre le risque de tentations sexuelles durant les travaux de Loge, en effet mieux vaut travailler dans une Loge unisexe.

Chacun de nous a dû entendre le propos habituel de certains (vieux) maçons qui prétendent qu’il est plus prudent de travailler entre hommes, pour le salut de son âme, bien évidemment. Car travailler avec l’autre sexe, cela pourrait éventuellement troubler l’esprit et le distraire par des pensées impures. Je connais bien ces propos, car c’est le même genre de sophisme, quelques milliers de kilomètres plus au Sud, qui « invite » très activement les femmes à se voiler… pour éviter aux hommes d’être tentés. Pour le dire avec des mots différents, et surtout avec les mots bien français de Tartuffe lorsqu’il répond à Dorine dans l’œuvre éponyme de Molière :

– « Couvrez ce sein que je ne saurais voir :

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées. »

Et si le fameux « Ériger des autels à la vertu et creuser des tombeaux pour les vices » de nos Rituels commençait justement par nous permettre d’essayer de faire la paix avec nos propres passions ? Mais comment pourrait-on s’y employer, si nous ne nous confrontons jamais au moindre dérangement ? Comment pourrait-on faire le moindre progrès, si nous écartons l’autre partie de l’humanité pour la préserver de nous-mêmes ? Avons-nous peur de l’autre, de nous-mêmes ou des deux ?

Certains se diront probablement : « La mixité homme/femme en Franc-maçonnerie n’est tout de même pas la finalité suprême de notre pratique ! ». Ils auront probablement raison, je suis d’accord. En réalité, cela va nettement plus loin. En fait, quand je parle de mixité, je parle surtout de mixité de tous les humains. La loge parfaite pour nous permettre de grandir en sagesse est composée d’hommes et de femmes. De toutes les couleurs, de toutes les croyances, de toutes les cultures… en fait, de toutes les différences. Une loge qui refuse l’accès à ses travaux à quiconque est reconnu comme Franc-maçon s’ampute d’une partie d’elle-même.

Mon propos n’est donc pas de fustiger spécialement les Loges ou Obédiences farouchement opposées à la mixité. Je comprends et accepte totalement et inconditionnellement que certains maçons/maçonnes ne puissent se confronter au sexe « opposé ». Cependant, il serait fort utile de le faire en totale conscience et surtout, de le faire pour de bonnes raisons. Lorsqu’un maçon n’est pas prêt à travailler sur sa pierre, mais qu’il reste en veille jusqu’au grand jour où il sera prêt, il reste un maçon digne de son tablier. En revanche, lorsqu’un maçon trouve toutes les excuses du monde pour rester caché en groupe de son sexe dans sa Loge, en se racontant des petites histoires qui rendent bien confortables ses actions quotidiennes, on peut se demander à quoi rime tout cela. En résumé… on ne ment jamais qu’à soi même !

Pour conclure ce paragraphe, je citerai un grand homme de l’Histoire, Abraham Lincoln : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ». Il en est de même avec ceux qui nous entourent. Cependant, il est une chose pire que de mentir aux autres, c’est bien de se tromper soi-même. C’est pourquoi j’insiste sur l’importance de travailler sur la pleine et juste conscience de nos actes.

 

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