mercredi, avril 21, 2021
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Dissidence sans violence

Trigger warning : gnagnagna politique. Gnagnagna pas maçonnique. Gnagnagna socialomarxiste. Gnagnagna gauchiste. Gnagnagna pas bien. Je sais, et peu me chaut. Je vous embrasse.

Bon, ne nous leurrons pas. Tout va mal en ce moment. A l’heure à laquelle j’écris ces lignes, personne ne sait ce qui va encore nous arriver. En fait, un jour, on nous dit : « le chef de l’État va parler ». Et le jour dit, finalement, personne ne parle. En conséquence, impossible de se projeter ne serait-ce qu’à court terme. J’en vois autour de moi qui décompensent à cause de ça. Dans le même ordre d’idée, on a vu un ministre se contredire la même journée (ce qui est un record, d’habitude le temps moyen est de quelques jours) et un porte-parole incapable de tenir autre chose qu’un discours creux, composé d’éléments de langage bêtement annonés. Même mes neveux font mieux malgré leur très jeune âge.

Du coup, je pensais encore que nous étions dirigés comme dans une mauvaise entreprise, comme celles dans lesquelles la direction ne sait pas où elle va mais détruit ses salariés en instaurant des politiques absurdes. Sauf que les dirigeants d’entreprises peuvent être traînés devant les tribunaux. Pas encore des personnes politiques à la tête de l’État ou du gouvernement, et c’est bien dommage. Bon, pour ceux qui croient encore au « tout-entrepreneurial », on a la preuve vivante que ce paradigme ne fonctionne décidément pas…

En analysant les discours et les actes avec un point de vue de moraliste et d’éthologue, je pensais d’abord que nous étions dirigés par des Iznogoud (façon Les Cauchemars d’Iznogoud). Très récemment, j’ai été amené à réviser mon jugement : en en entendant certains justifier leurs restrictions telles que le couvre-feu par la lutte contre « l’effet apéro » et « l’effet galette des rois », j’ai pensé que le manuel politique en vigueur était désormais Le gendarme de Saint-Tropez et Ludovic Cruchot face aux nudistes le modèle à adopter… Ah Seigneur mon Dieu, quelle erreur ! A la lecture des journaux et à l’étude des comportements de nos chers (et coûteux) dirigeants, j’ai réalisé mon erreur manifeste d’appréciation : on n’est pas chez Iznogoud et encore moins à Saint-Tropez ! On est au Groland ! Sauf qu’on attend un peu plus de nos politiques que de se comporter en Not’ Président et de pondre des lois dignes des sketches de Benoît Delépine ou Kafka. D’ailleurs, un tribunal a statué qu’un fauteuil roulant électrique pouvait être une arme par destination, ce qui en dit long sur nos institutions. Certains y verront des abus ou des dérives, mais j’y verrais plutôt une forme de peur contre les mouvements populaires, et une répression massive pour dissuader toute rébellion. Mauvais calcul, l’État risque ainsi de perdre en crédibilité en agissant de la sorte. A ce propos, n’y-a-t-il pas du ridicule à criminaliser des actes autrefois normaux comme se déplacer?

Et pendant ce temps, alors qu’on nous impose des interdits de plus en plus absurdes (et de moins en moins tolérés) prétendument pour éviter de saturer les hôpitaux, l’État, par ses agences diverses et pléthoriques, continue de fermer des lits. Sans compter les innombrables mensonges et couacs sur la vaccination…

En attendant, la colère gronde. Certains vont jusqu’à appeler au putsch ou au soulèvement armé. Sauf qu’un soulèvement armé n’est jamais une bonne solution, ne fût-ce que parce que le système oppressif perdure. Comme le fascisme en Italie : le pouvoir a changé de visage, mais le système est resté le même : capitaliste et inégalitaire en diable, avec la justification de la vengeance. Il ne sert à rien d’appeler à la démission de tel ou tel dirigeant, tant que sont maintenues les structures qui l’ont mis en place. Un soulèvement armé ne changerait rien, à part une restriction plus forte des libertés individuelles et l’instauration d’un régime d’exception plus répressif encore. Ceux qui se souviennent de leurs cours d’histoires se rappelleront l’instauration de l’État policier en 1917 par Lénine, le temps d’apaiser les troubles induits par la Révolution russe… Au vu du résultat, on peut douter de l’efficacité de la chose. En tout cas, vous l’aurez compris, la lutte armée ne mène à rien. Tout comme les grèves récentes avec paralysie des transports et structures : ça n’a pas fonctionné, la loi sur les retraites passera hélas en force. Avec tous les troubles que cela occasionnera… Et probablement sans effet. La tactique choisie par les dirigeants est de laisser pourrir le conflit jusqu’à extinction du mouvement, amenant irrémédiablement sa défaite.

Pour éviter d’en arriver là, j’aimerais partager avec vous un ouvrage très intéressant : Comment renverser un dictateur quand on seul, tout petit et sans arme, de l’activiste Serdja Popovic, fondateur du mouvement Otpor ! , le mouvement civil serbe à l’origine de la chute du dictateur Slobodan Milosevic. Serdja Popovic y raconte comment son mouvement, né de la révolte d’un cercle d’étudiants et n’ayant pour arme que son esprit potache et un immense culot, a réussi l’impossible. Et la recette est très simple : bien se connaître, choisir des objectifs à sa portée, comprendre les piliers du pouvoir, et arriver à fédérer les bonnes volontés, en voyant grand mais en commençant petit. Et surtout, garder la ligne pacifiste, afin de bien montrer la violence du pouvoir. L’ouvrage est très clair (et très bien traduit aussi, disons-le). Il offre un certain nombre de pistes de réflexion sur l’action, et le sens de celle-ci, ainsi que tout un viatique pour la rendre vraiment efficace.

Simplement, l’efficacité de l’action requiert de bien se connaître soi-même, puis les autres. Elle nécessite aussi une certaine lucidité sur les moyens à sa disposition. Et bien évidemment, de rassembler ce qui est épars, afin d’unir le plus grand nombre.

Etrangement, dans ce viatique dissident proposé par Serdja Popovic, on retrouve bien des choses comparables à nos activités initiatiques : la connaissance de soi et donc de ses limites, l’acceptation de la situation, l’utilisation judicieuse de symboles, et le sens des responsabilités. Etrange, aurions-nous, malgré l’aspect très conformisteinduit par les rituels, un esprit apte à la rébellion? Et si nous avions le potentiel pour être de dangereux (mais pacifiques) dissidents ?

Ne nous laissons plus faire.

J’ai dit.

Pour aller plus loin, je vous encourage à regarder le site de CANVAS, l’organisation fondée par Srdja Popovic : https://canvasopedia.org/

Josselin Morand
Josselin Morand
Josselin Morand est ingénieur de formation et titulaire d’un diplôme de 3e cycle en sciences physiques, disciplines auxquelles il a contribué par des publications académiques. Il est également pratiquant avancé d’arts martiaux. Après une reprise d’études en 2016-2017, il obtient le diplôme d’éthique d’une université parisienne. Dans la vie profane, il occupe une place de fonctionnaire dans une collectivité territoriale. Très impliqué dans les initiatives à vocations culturelle et sociale, il a participé à différentes actions (think tank, universités populaires) et contribué à différents médias maçonniques (Critica Masonica, Franc-maçonnerie Magazine). Enfin, il est l’auteur d’un essai : L’éthique en Franc-maçonnerie (Numérilivre-Editions des Bords de Seine).

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